LAVAL FRANÇOIS DE (1623-1708)

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Avant l'arrivée à Québec de Mgr François de Laval en 1659, il n'existait pas, à proprement parler, d'Église canadienne. Il appartenait à ce jeune évêque français de trente-six ans d'en jeter les fondements : il lui fallut à la fois créer l'armature ecclésiastique de la Nouvelle-France, aider les congrégations, notamment la Compagnie de Jésus, et lutter contre le gallicanisme des gouverneurs. Durant un demi-siècle, cette figure exceptionnelle devait dominer la vie religieuse de la colonie et exercer sur la population, selon le mot d'un gouverneur, « un grand ascendant par son génie et par sa réputation de sainteté ».

Né à Montigny-sur-Avre (Eure-et-Loir), François de Laval était de la branche cadette des Montmorency. Il étudia chez les Jésuites, à La Flèche et à Paris, et fut ordonné prêtre en 1647. Archidiacre d'Évreux de 1648 à 1654, écarté par l'Espagne du vicariat apostolique au Tonkin, il se démit de son archidiaconat, renonça à son patrimoine et à ses droits d'aînesse, et se retira à l'ermitage de Caen dirigé par Jean de Bernières de Louvigny. Il s'y consacra à la prière et aux œuvres de charité. C'est là qu'on vint lui annoncer, en 1657, qu'il avait été désigné pour être évêque en Nouvelle-France. En dépit de l'opposition de l'archevêque de Rouen, qui considérait cette colonie comme relevant de sa juridiction, François de Laval fut consacré à Paris en décembre 1658.

Évêque in partibus de Pétrée, vicaire apostolique en Nouvelle-France, Mgr de Laval débarqua à Québec le 16 juin 1659. Il eut, dès son arrivée, quelques démêlés avec l'autorité civile, sur des questions de préséance bientôt aggravées par l'opposition irréductible du prélat au commerce, alors florissant, des boissons alcooliques avec les Indiens. Louis XIV ayant interdit ce trafic, François de Laval put s'occuper de l'organisation de l'Église. En 1663, il créa le séminaire de Québec, sorte de communauté diocésaine bien adaptée aux besoins de la jeune colonie, qui regroupa sous l'autorité de l'évêque tous les prêtres séculiers affectés au ministère paroissial et qui servit à la formation des futurs prêtres. En même temps, il mit en vigueur la perception de la dîme. En 1668, il ouvrit un petit séminaire pour l'éducation des enfants, principalement ceux qui se destinaient au sacerdoce. Mais Mgr de Laval était limité dans son action et son autorité était parfois contestée, du fait qu'il n'était que vicaire apostolique. Il entreprit des démarches, longues et pénibles, pour faire élever son vicariat au rang d'évêché ; il y parvint enfin en 1674.

Dès lors, Mgr de Laval put compléter l'organisation de son Église. Il forma un chapitre diocésain, érigea canoniquement les paroisses et mit Québec sur le pied des diocèses de France. De nouveau, il eut à s'opposer au pouvoir civil sur la question du trafic des boissons alcooliques. En 1679, étant en France, il dut accepter un compromis imposé par Louis XIV : interdit hors des lieux habités, le commerce de l'alcool serait permis dans les villes. Cette demi-victoire le déçut certainement. De retour à Québec l'année suivante, il mit ordre aux affaires du diocèse, assura autant qu'il put l'avenir de son séminaire et, en 1685, persuadé qu'un évêque plus jeune et en meilleure santé soutiendrait mieux que lui l'œuvre commencée, il alla porter sa démission au roi. On lui donna pour successeur Jean-Baptiste de La Croix de Saint-Vallier.

Mgr de Laval retourna à Québec en 1688 et se retira dans son séminaire. Il n'y connut pas, cependant, la tranquillité à laquelle il aspirait. Mgr de Saint-Vallier jugeait que le séminaire de Québec ne répondait plus aux besoins de la colonie et voulait le transformer. François de Laval s'y opposa de toutes ses forces. Ce furent pour lui des années douloureuses. Quand le roi eut finalement donné raison à son successeur, Mgr de Laval se soumit et accepta l'épreuve. À peine s'était-il remis de cette contrariété qu'il vit, en 1701 et en 1705, l'incendie détruire à deux reprises son cher séminaire ; le vieil évêque le rebâtit chaque fois.

Depuis 1700, Mgr de Saint-Vallier était absent de la colonie. Laval y remplit de nouveau les fonctions épiscopales, édifiant ses prêtres et ses fidèles par ses vertus et surtout par sa charité. Quand il mourut à Québec, il fut aussitôt « canonisé » par le peuple, au dire de l'intendant Raudot. On se rendit en foule sur sa tombe et on vénéra comme reliques tout ce qui avait touché à l'évêque. On lui décerna le titre de père de l'Église canadienne. Son procès de béatification fut introduit en 1880. Le décret sur l'« héroïcité des vertus » de François de Laval fut promulgué par le pape Jean XXIII en 1960.

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  • : directeur général des presses de l'université Laval

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André VACHON, « LAVAL FRANÇOIS DE - (1623-1708) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-de-laval/