LEDOUX FERNAND (1897-1993)

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Né en Belgique, à Tirlemont, Fernand Ledoux s'est éteint à Villerville, après un parcours oscillant entre la Comédie-Française et les studios, où la pesanteur de sa silhouette et la placidité de ses traits, démentie par l'éclat furtif du regard, s'imposèrent très vite. Jacques Charon a vu en lui « une bête de théâtre, un acteur capable de sortir de lui toute la gamme des sentiments humains : le comique, le tragique, le bouffon, le cruel, le perfide, le pitoyable, l'inquiétant, le grotesque, le sublime ».

Ainsi chemine Goupi Mains-Rouges (Jacques Becker, 1943), braconnier qui ressasse les embrouilles du clan Goupi tout en humant les âcres senteurs de la forêt. Ces clans que Ledoux Mains-Rouges connaît bien. Son long séjour à la Comédie-Française lui apprit, à les affronter, car, si le garçon est timide, l'acteur montre de l'obstination, relevée toutefois d'une pointe de fantaisie. Dans sa jeunesse, il se croit une vocation religieuse. On lui fait comprendre au séminaire qu'il s'engage sur un mauvais chemin. Il embrasse alors le métier d'acteur. En 1919, dans la classe de Raphaël Duflos, au Conservatoire, il côtoie Madeleine Renaud et Charles Boyer. Deux ans plus tard, le 7 décembre, il lance ses premières répliques à la Comédie-Française dans le modeste emploi du lieutenant de gendarmerie de La Robe rouge, drame d'Eugène Brieux. Au bout de dix années, on consacre la valeur de ses services, et le voici sociétaire. La « bête de théâtre » va s'affirmer avec éclat sous le règne riche autant que bref d'Édouard Bourdet. Ledoux s'impose en vedette, marquant reprises et créations de sa personnalité troublante et de sa virtuosité. Il triomphe aussi bien dans Boubouroche et George Dandin que dans Chacun sa vérité ou Les affaires sont les affaires. En 1937, sa création, dans Asmodée de François Mauriac, du personnage d'un précepteur tourmenté, inquisiteur, flairant la chair fraîche, le place définitivement au premier rang, autant que sa vision du Sganarelle de Dom Juan. Le cinéma, qui l'a toujours intéressé, lui offre alors des compositions auxquelles il prodigue ce don de dissimuler sous une apparence pateline d'inquiétantes profondeurs intimes – le terrifiant Roubaud de La Bête humaine (Jean Renoir, 1938) par exemple – ou d'égarer le spectateur sur de fausses pistes : le professeur brave homme de Premier Rendez-Vous (Henri Decoin, 1941) qu'on soupçonne au départ des pires méfaits.

Lassé de la Comédie-Française, Fernand Ledoux la quitte avec éclat en pleine Occupation et prodigue tout son talent à l'écran, jouant avec la même efficacité un père de famille attendri (Premier Bal, de Christian-Jaque, 1941), le seigneur médiéval que guette le démon de midi (Les Visiteurs du soir, de Marcel Carné, 1942), l'ignoble directeur de prison qui s'approprie la musique d'un compositeur maltraité (Le Lit à colonnes, de Roland Tual, 1942), l'aiguilleur de L'Homme de Londres (Henri Decoin, 1943), perdu dans la brume et rongé par le remords, le paysan envoûté de Sortilèges (Christian-Jaque, 1944). En 1951, Fernand Ledoux effectue comme pensionnaire une rentrée triomphale à la Comédie-Française et interprète un mémorable Tartuffe. Il retrouve avec délices son cher Pirandello, qui lui avait valu autrefois de définitifs succès, et compose à sa manière la navrante figure du père dans Six Personnages en quête d'auteur, digne pendant d'autres eaux-fortes : le médecin retors de Fille du diable (Henri Decoin, 1945), le fruste cabaretier de Pattes blanches (Jean Grémillon, 1948).

Carrière passionnante où le professorat trouve sa place, et qui dérive parfois vers le comique bourgeois en compagnie de Robert Lamoureux, ou bien prend des allures épiques (Celui qui doit mourir, de Jules Dassin, 1956), s'épure dans des apparitions saisissantes (La Vérité, d'Henri-Georges Clouzot, 1960 ; Le Procès, d'Orson Welles, 1962 ; Freud, the Secret Passion, de John Huston, 1962), s'épanche dans les fresques hugoliennes : l'acteur est en effet tour à tour Mgr Myriel puis Gillenormand dans les deux adaptations des Misérables dues à Jean-Paul Le Chanois en 1957, et à Robert Hossein en 1981.

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Raymond CHIRAT, « LEDOUX FERNAND - (1897-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fernand-ledoux/