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HALFFTER ERNESTO (1905-1989)

Personnage essentiel de la vie musicale espagnole, ami et disciple de Manuel de Falla, chef d'orchestre, compositeur, pédagogue, Ernesto Halffter appartenait à une importante famille de compositeurs : son frère Rodolfo (1900- 1987) s'était fixé au Mexique en 1939, où il avait largement contribué à l'édification d'une vie musicale, et leur neveu Cristóbal (1930-2021) fut 1'une des figures marquantes du renouveau de la musique espagnole.

D'ascendance allemande par son père, Ernesto Halffter Escriche naît à Madrid le 16 janvier 1905. Il fait ses études au Colegio Aleman puis étudie la composition avec Adolfo Salazar et Manuel de Falla, dont il devient le disciple privilégié et qui le pousse vers un style de composition authentiquement espagnol. D'emblée, il s'intéresse à la musique nouvelle : en 1923, il est nommé à la tête du nouvel Orquesta bética da cámara de Séville, avec lequel il diffuse largement la musique contemporaine.

Il n'a que vingt ans lorsqu'il obtient le prix national pour sa Sinfonietta (1925), la première partition importante de musique espagnole contemporaine qui parvienne à se glisser dans l'un des moules traditionnels. En 1930, il participe à Madrid au groupe des Huit (un émule du groupe des Six) avec Juan José Mantecón, Fernando Remacha, son frère Rodolfo, Gustavo Pittaluga, Salvador Bacarisse, Julián Bautista et Rosa García Ascot. En 1934, il est nommé directeur du conservatoire de Séville mais, au moment de la guerre civile, il préfère s'expatrier aux États-Unis, puis à Lisbonne. Il mène alors une importante carrière de chef d'orchestre en Europe et en Amérique du Sud. Il ne revient définitivement en Espagne qu'en 1960, où il est nommé chef d'orchestre honoraire de l'Orchestre symphonique de Madrid. Pendant sept ans, il se consacre à achever la dernière œuvre de Manuel de Falla, L'Atlantide (créée en concert à Barcelone en 1961), dont il donnera une nouvelle version en 1977. En 1966, il est nommé conseiller musical à la télévision espagnole et, en 1973, il est élu à l'Académie espagnole des beaux-arts. Il meurt à Madrid, le 5 juillet 1989.

Son œuvre s'inscrit dans le sillage de celle de Manuel de Falla : si, dans un premier temps, il semble marqué par l'école espagnole du xviiie siècle (Domenico Scarlatti, Antonio Soler), qui constitue la base de son néo-classicisme, il se tourne, à partir de la Rhapsodie portugaise pour piano et orchestre (dédiée à Marguerite Long, 1938), vers une écriture dominée par le rythme et la couleur. Mais, à l'encontre d'Albéniz ou de Granados, son approche hispanisante ne repose ni sur la citation ni sur la réminiscence. Il reconstitue une atmosphère, un contexte spécifique comme le faisaient Falla ou Bartók, avec une attirance particulière, à la fin de sa vie, pour la musique d'inspiration religieuse. Ses principales œuvres sont destinées à l'orchestre – Deux Esquisses symphoniques (1925), Cavatina (1934), Fantaisie portugaise (1941), Fantasía pour violoncelle et orchestre (1952), Concerto pour guitare (1968) – et au chœur – Psaume XX et Psaume CXVI, Canticum in memoriam P. P. Johannem XXIII pour soprano, baryton, chœur et orchestre (1964), Elegía en memoriadel Principe de Polignac (1966), Gozos de Nuestra Señora (1970). On lui doit également une sonate pour piano (1932), des pièces pour guitare et des mélodies (Dos Canciones, 1927 ; L'Hiver de l'enfance, 1928-1934). Pour la scène, il a composé un opéra, La Muerte de Carmen (1977), et plusieurs ballets, Sonatina (créé par la Argentina, 1928), El Cojoenamorado (1954), Fantasíagalaica (1955). La Danza de la gitana (extraite de Sonatina) a connu plusieurs transcriptions (notamment celles de Jascha Heifetz et de Fritz Kreisler), grâce auxquelles elle a fait le tour du monde.

— Alain PÂRIS[...]

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Écrit par

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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