REMARQUE ERICH MARIA (1898-1970)

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La notoriété internationale du romancier allemand Erich Paul Remark, sous le pseudonyme d'Erich Maria Remarque, est liée, avant tout, à la publication d'un roman de guerre d'inspiration pacifiste paru en 1929 : À l'Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues). D'emblée, ce livre connut un succès foudroyant ; il fut adapté au cinéma par Lewis Milestone en 1930, et provoqua la fureur des milieux nationalistes. Il obtient un tirage qui, aujourd'hui, en cinquante langues, doit avoisiner les vingt millions d'exemplaires. Le titre, qui se veut ironique, reprend la formule rituelle des communiqués d'état-major le plus souvent mensongers sur la situation au front.

À l'Ouest rien de nouveau, de Lewis Millestone

Photographie : À l'Ouest rien de nouveau, de Lewis Millestone

Lew Ayres et Raymond Griffith dans All Quiet on the Western Front (À l'Ouest rien de nouveau, 1930), de Lewis Milestone. 

Crédits : Universal Pictures Company, Inc./ Collection privée

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Fils de relieur, Remarque naît à Osnabrück dans une famille qui compte parmi ses ancêtres de lointains ascendants français. Il entreprend des études à Munich pour devenir instituteur, mais doit y renoncer en raison de son incorporation dans l'armée, à l'âge de dix-huit ans. L'expérience de la guerre, la vision directe de ses cruautés le marquent profondément et lui fournissent, plus tard, avec les bouleversements politiques et sociaux qui s'ensuivent, la matière essentielle de sa création romanesque. Après 1918, dans la société instable de la république de Weimar, Remarque exerce les métiers les plus divers : instituteur, mais aussi commerçant, pilote automobile et chef de publicité dans une usine de caoutchouc. Il finit cependant par se fixer dans le journalisme, plus particulièrement le journalisme sportif, puisqu'il devient rédacteur à la revue Sport en images (Sport im Bild) de l'éditeur A. Scherl, propriétaire d'une chaîne de journaux nationalistes, qui refuse le manuscrit de son premier roman. La maison rivale, Ullstein, spécialisée dans la diffusion de romans populaires et de journaux libéraux, hésite puis finit par accepter ce qui deviendra immédiatement un best-seller.

Depuis 1918, les publications de livres ou de mémoires de guerre sont légion. Elles sont surtout le fait de soldats nostalgiques ou d'écrivains conservateurs (parmi les plus célèbres, Walter Flexer ou Ernst Jünger) soucieux avant tout d'exalter la virilité du combattant et les vertus du combat. Le premier mérite de Remarque est de rompre sans ambiguïté avec cette tradition et de briser un tabou. Les héros de Remarque — des adolescents de dix-neuf ans, contrairement aux personnages de Dorgelès ou de Barbusse, dont il a subi l'influence — dévoilent à partir de leurs expériences directes, dans un langage sans apprêt, souvent émaillé d'expressions gouailleuses, le visage quotidien, ordinaire et odieux de la guerre. En outre, ils dénoncent tout un arrière-plan d'éducation et de propagande sous-jacent à ces horreurs. Enfin, ils parlent au nom d'une génération perdue, « détruite par la guerre, même si elle a échappé à ses grenades ». De bout en bout, le récit reste vivant, clair, émouvant. La composition serrée et délibérément dramatique des chapitres ajoute à la crédibilité. Le roman relève bien de la littérature de démystification et ses adversaires ne s'y tromperont pas. Dès l'arrivée de Hitler, il figure sur la liste des autodafés.

En 1931, Remarque quitte l'Allemagne, où il ne reviendra plus, pour la Suisse. En 1938, les nazis lui retirent la nationalité allemande. Au début de la guerre, après un bref séjour en France, il gagne les États-Unis et devient citoyen américain en 1947. Ses revenus d'écrivain et de scénariste lui assurent une existence plus que confortable que lui reprochent les milieux de l'émigration allemande. À partir de 1950, après avoir épousé en troisièmes noces l'actrice Paulette Goddard, il séjourne alternativement aux États-Unis et en Suisse, où il meurt.

Remarque n'est pas l'auteur d'un seul livre. Deux romans succèdent d'abord au premier : Après (Der Weg zurück, 1931) et Trois Camarades (Drei Kamaraden, 1937). Ses œuvres ultérieures reposent sur une construction identique : un drame de l'époque (l'inflation, l'émigration, le Troisième Reich) vient frapper l'existence d'individus qui, malgré les souffrances, finissent toujours par faire triompher l'amitié et la solidarité. Citons : Aime ton prochain (Liebe deinen Nächsten, 1941), Arc de triomphe (1946) qui décrit la vie d'un médecin allemand en exil à Paris, L'Étincelle de vie (Der Funke Leben, 1952) qui se déroule dans un camp de concentration, L'Obélisque noir (Der schwarze Obelisk, 1956), La Nuit de Lisbonne (Die Nacht von Lissabon, 1962).

Toujours convaincant lorsqu'il se limite à ses talents de conteur, beaucoup moins lorsqu'il croit bon de faire philosopher ses héros, Remarque, souvent méprisé par la critique, ne compte pas parmi les grands auteurs allemands. Il n'y a jamais prétendu. Mais, dans la même lignée que H. Fallada ou T. Plivier auxquels l'apparente son réalisme direct, il a le mérite de traduire fidèlement les innombrables souffrances infligées aux anonymes et aux sans-grades par la barbarie du xxe siècle.

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Écrit par :

  • : maître assistant agrégé, docteur de troisième cycle à l'université de Lille-III

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Pour citer l’article

Pierre GIRAUD, « REMARQUE ERICH MARIA - (1898-1970) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/erich-maria-remarque/