ALLAIS ÉMILE (1912-2012)

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Champion, innovateur, entrepreneur : Émile Allais fut l'homme de toutes les premières pour le ski français. Premier champion du monde français de ski, en 1937, il inaugura la technique des virages Christiania, devint le premier moniteur de l'École du ski français, inventa le fuseau, la doudoune, la dameuse, les skis métalliques ; puis il créa des stations de sports d'hiver dans les Alpes et en Amérique.

Émile Allais

Photographie : Émile Allais

Émile Allais fut durant toute sa longue vie un amoureux de la montagne. Premier champion du monde français de ski alpin, premier moniteur de l’École du ski français, concepteur de stations de sports d’hiver, inventeur même : il fut un précurseur dans de multiples domaines. 

Crédits : Olivier Prevosto/ Corbis/ VCG/ Getty Images

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Émile Allais est né le 25 février 1912 à Megève (Haute-Savoie). Un peu casse-cou, ce fils de boulanger s'essaye au ski dès l'âge de sept ans, sur de simples planches en bois auxquelles il a l'idée d'attacher par des lanières des charnières de porte qui deviennent ainsi des fixations. Touche-à-tout, il s'essaye à divers sports avant d'opter pour le ski, une discipline qui allie sensation de vitesse et sentiment de liberté. Il intègre l'équipe de France en 1934, remporte deux médailles d'argent aux Championnats du monde de Mürren (Suisse) en 1935. En 1936, le ski alpin est inscrit au programme olympique à l'occasion des Jeux d'hiver de Garmisch-Partenkirchen, sous la forme d'un combiné : il obtient la médaille de bronze, devancé par les Allemands Franz Pfnür et Gustav Lantschner. En 1937, aux Championnats du monde de Chamonix, il gagne les trois épreuves (descente, slalom, combiné) – il skie alors avec le révolutionnaire fuseau, un pantalon très étroit en bas coincé dans la chaussure par un élastique, qu'il a inventé. La même année, il publie Le Ski à la française, un manuel dans lequel il décrit notamment les virages Christiania (skis parallèles), qui vont bientôt supplanter la technique autrichienne du chasse-neige. Toujours en 1937, Léo Lagrange crée l'École du ski français : Émile Allais en est le premier moniteur diplômé (il conservera précieusement sa médaille gravée du numéro 1). En 1939, une blessure à la cheville met un terme à sa carrière sportive.

Après la Seconde Guerre mondiale, Émile Allais part pour les Amériques et participe au développement de nombreuses stations de sports d'hiver : Portillo (Chili) ; Sun Valley et, surtout, Squaw Valley, en Californie. L'homme d'affaires Alex Cushing lui a en effet demandé de réfléchir à la possibilité d'implanter une station près de Reno ; au terme d'études minutieuses, le site est choisi, les plans sont dressés : ce sera Squaw Valley, une station où se dérouleront en 1960 les VIIIes jeux Olympiques d'hiver et qui fera la fortune d'Alex Cushing.

D'Amérique en Europe, Émile Allais a de multiples projets qui ne demandent qu'à mûrir. Ainsi, il a l'idée d'utiliser un tissu matelassé pour faire des anoraks : la « doudoune » est née ; elle protégera du froid des générations de skieurs. Damer les pistes à skis est un exercice long et fastidieux : sa chenillette à rouleaux, la « dameuse », va épargner des heures de labeur à des bataillons de skieurs. Sur le modèle des snow patrols américaines, il impose la profession de pisteur-secouriste : des milliers de maladroits et d'étourdis doivent à ces saint-bernard de la montagne d'être rentrés à bon port par un mauvais jour.

Malgré les réticences du monde du ski français, fidèle aux planches en bois, il réussit à convaincre la firme Rossignol de fabriquer « ses » skis en aluminium : en 1960, Jean Vuarnet remportera la descente olympique sur des skis en aluminium, les célèbres Allais 60. Par la suite, il est l'architecte des domaines skiables de Courchevel, Vars, La Plagne...

Jusqu'à la fin de sa vie, Émile Allais conserve intacte la passion de la montagne et du ski. Durant des années, il ne manque jamais de serrer la main des participants de la Coupe Allais, à Megève ; il continue de dévaler les pistes jusqu'à quatre-vingt-dix-huit ans. Émile Allais est mort à Sallanches (Haute-Savoie) le 17 octobre 2012. Il avait cent ans : « cent ans de modernité », selon la formule de Jean-Claude Killy, qui lui rendait hommage.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « ALLAIS ÉMILE - (1912-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emile-allais/