MUHAMMAD ELIJAH (1897-1975)

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Les origines, la carrière et jusqu'au succès d'Elijah Muhammad, fondateur des Musulmans noirs (Black Muslims), sont entourés de pénombre. De son vrai nom Elijah Poole, il serait né le 7 octobre 1897 à Sandeville, en Georgie, d'un couple d'esclaves émancipés. A seize ans, il quitte les siens et vit de travaux d'occasion. En 1923, il s'installe à Detroit avec sa femme (dont il aura six fils et deux filles) et s'engage comme ouvrier spécialisé à l'usine Chevrolet. C'est à Detroit qu'il rencontre, sept ans plus tard, un mystérieux W. D. Fard, comme lui afro-américain, colporteur de son état, qui offre, avec sa marchandise, la bonne nouvelle du retour d'Allah, qui n'est autre que lui-même. En 1934, cette curieuse réincarnation d'Allah disparaît de la vie publique.

Elijah Poole, devenu entre-temps Elijah Muhammad, comble le vide : il s'institue le « messager » et l'héritier direct de Fard.

Pendant sept ans, il mène une vie errante dans l'est des États-Unis, vie vouée à un prosélytisme ingrat mais, peut-être, déjà fructueux. Il ne sortira réellement de l'anonymat que pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s'élève alors contre l'internement des Américains de souche japonaise résidant sur la côte du Pacifique et conseille l'insoumission aux jeunes Noirs appelés sous les drapeaux. Lui-même refuse de remplir ses obligations militaires : il est condamné à une peine de prison, dont il purge quatre ans (de 1942 à 1946) au pénitencier fédéral de Milan, dans le Michigan.

Cette épreuve fortifie son zèle et celui de ses adeptes. En 1947, il revient s'établir à Chicago et se consacre à sa mission de chef de la « Nation d'Islam ». L'idée directrice du mouvement, qui prend une certaine ampleur dans les années 1950, est d'inspiration nettement autarcique et manichéenne. Dieu, selon le nouveau dogme, a donné leur chance aux Blancs. Ils ont eu six mille ans pour la saisir et n'en ont pas profité. La malédiction divine en fait des « démons » (devils). Il n'est même pas nécessaire de se battre pour réclamer la juste réparation due aux descendants des esclaves, car ce sont les Blancs qui sont maintenant les parias, les intouchables.

En conséquence, les Noirs qui ont reçu le « message » d'Elijah-Messie vivent en circuit fermé, dans une sorte de contre-société possédant ses mœurs distinctes et ses ressources propres, retranchée du milieu américain et de ses perversions. Il est impossible de dire avec un semblant d'exactitude, dans quelle mesure ce programme de dissociation a été réalisé. Les Musulmans noirs répugnent à la confidence.

Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont acquis des immeubles, des terrains, des usines, des magasins, dont la valeur totale aurait approché quatre-vingts millions de dollars à la mort dElijah Muhammad : chiffre énorme dans l'absolu, mais quasi négligeable si on le compare aux capitaux et aux revenus d'une communauté noire alors forte de quelque vingt-quatre millions de citoyens.

Il est aussi difficile d'évaluer la fraction qui a été touchée par la grâce des révélations d'Elijah Muhammad. La secte aurait compté environ dix mille membres réguliers (pratiquants convaincus), cent à deux cent mille sympathisants plus ou moins actifs (on a même avancé le chiffre de deux millions) ; elle aurait entretenu quatre-vingt-dix « mosquées », souvent de simples salles de réunion, voire des boutiques désaffectées, comme en utilisent les sectes qui pullulent aux États-Unis.

Si la statistique est impuissante à cerner le phénomène des Musulmans noirs, les qualités morales des membres de cette secte ne peuvent être mises en doute. Un véritable Black Muslim observe des règles de comportement qui le mettent hors du commun et en font l'antithèse du Noir dégradé par les séquelles de la servitude : il ne boit pas d'alcool, ne fume pas, ne se drogue pas, ne mange pas de porc, jeûne fréquemment, s'abstient même des plaisirs de la musique et de la danse, pour ne rien dire du libertinage ; ce puritain est aussi assidu au travail qu'aux prières.

Est-ce le rigorisme de sa doctrine (dont il faut renoncer à débrouiller l'abstruse théologie) qui a rebuté à l'heure des « libérations » de toutes sortes en vogue aux États-Unis, ou est-ce son refus intransigeant de participer aux campagnes pour les droits civiques, jugées futiles, qui isole Elijah Muhammad des grands courants qui mobilisent les Noirs américains ? Toujours est-il que le père de la « Nation d'Islam » fait figure de personnalité respectable mais anachronique. Son œ [...]

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Écrit par :

  • : chef de la rubrique Amérique du Nord au journal Le Monde

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MALCOLM X MALCOLM LITTLE dit (1925-1965)

  • Écrit par 
  • Lawrence MAMIYA
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Dans le chapitre « Malcolm X et la Nation de l'islam »  : […] Après sa sortie de prison, Malcolm X intègre la direction de la Nation de l'islam à l'heure de son apogée. Il rencontre Elijah Muhammad au siège de Chicago en 1952 et commence à mettre sur pied des temples à New York, Philadelphie et Boston ainsi que dans des villes du Sud. Il crée le journal de la Nation, Muhammad Speaks , qu'il imprime dans son garage, et oblige tous les hommes membres de la Nat […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain CLÉMENT, « MUHAMMAD ELIJAH - (1897-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elijah-muhammad/