THOMAS EDWARD (1878-1917)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Poète et essayiste anglais. Né dans le quartier de Lambeth à Londres, de parents gallois, Edward Thomas a la sensibilité mélancolique de sa mère, peut-être par réaction à la raideur d'un père adepte du positivisme. La dure rançon de son indépendance fut une carrière chaotique ; ses études, à l'université d'Oxford (1897-1900), coïncidèrent avec les responsabilités prématurées d'un mariage qui fut une union passionnée et orageuse, comme il apparaît dans la double biographie, World Without End et As It Was, que sa femme, Hélène, écrivit en 1921 — chefs-d'œuvre d'analyse, cœur et corps mis à nu — et dans les lettres, récemment publiées, que Thomas adressa à Gordon Bottomley et à Eleanor Farjean. Instable, rongé par une inquiétude morbide, congénitale mais accentuée par les soucis matériels, il monnaya assez mal un grand talent d'essayiste et de critique. Des livres comme Oxford (1903), The Heart of England (1906), The South Country (1909) recueillent les observations merveilleusement précises de ses randonnées à pied, de ses communions avec l'Angleterre rurale, avec son atmosphère et ses paysages, avec ses habitants, hommes et bêtes. A Literary Pilgrim in England (1917) souligne le lien entre la nature et la littérature qu'il a minutieusement explorée, comme l'attestent sa découverte d'Ezra Pound et surtout diverses études (Maeterlinck, 1911 ; Swinburne, 1917 ; Walter Pater, 1913 ; Keats, 1916). Malgré la netteté et la probité des jugements et la fine texture du style, ces ouvrages ne prennent leur valeur que par rapport à sa « conversion ». C'est à trente-six ans, en août 1914, sous l'influence du poète américain Robert Frost, fixé en Angleterre depuis 1912, qu'il devient véritablement artiste créateur, transmuant la prose critique en pure poésie, substance même de sa vision, confidente de ses voix intérieures, synthèse de ses notations impressionnistes et de ses élans mystiques. Mortellement frappé à la bataille d'Arras (1917), il eut juste le temps de lire le texte imprimé de quelques-uns de ses cent quarante-quatre poèmes, publiés sous le pseudonyme d'Edward Eastaway. L'édition collective, due en 1922 à Walter de La Mare, est un émouvant hommage, parfaitement accordé aux vibrations délicates et comme en sourdine, d'une œuvre rare dont les ondes continuent à se propager et qui a su conquérir de nouveaux adeptes grâce à la publication d'un document précieux : les pages du Journal que Thomas écrivit quelques jours avant d'être tué. Ce texte fut publié en 1983 sous le titre suivant, L'Enfance d'Edward Thomas : fragment d'une autobiographie.

—  Louis BONNEROT

Écrit par :

  • : professeur honoraire à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris

Classification

Autres références

«  THOMAS EDWARD (1878-1917)  » est également traité dans :

GEORGIENS POÈTES

  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
  •  • 2 383 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les poètes »  : […] Il n'est guère possible ici de rendre à chacun des georgiens la justice poétique qui lui est due. Les anthologies de Marsh contiennent trente-six noms, celle de Monro, soixante-dix-sept (pas tous du cru), une plus récente, celle de James Reeves, en retient une vingtaine, mais on peut en contester les lacunes. On se contentera de citer quelques noms. A. E.  Housman et Thomas Hardy sont, en quelque […] Lire la suite

Pour citer l’article

Louis BONNEROT, « THOMAS EDWARD - (1878-1917) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 août 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-thomas/