REITZ EDGAR (1932- )

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Edgar Reitz est né en 1932 à Morbach (Rhénanie-Palatinat). Tenté tout d’abord par le théâtre et la littérature, il débute dans le cinéma dès 1953 et s’affirme bientôt en technicien de la prise de vues et du montage. Il crée une société de production dès 1954, et réalise des courts-métrages documentaires et des films institutionnels comme Moltopren, long-métrage pour la firme Bayer, Baumwolle (Coton, 1959), travail plus expérimental dont il tire aussi un film personnel, Yucatan (1959), ou Post und Technik (1962). Il est alors un des premiers spécialistes des nouvelles techniques audiovisuelles, et son montage VariaVision (1965) projeté sur cent vingt écrans pour l’Exposition internationale des transports de Munich en 1965 lui apporte une grande notoriété. Lors du festival d’Oberhausen, qui présente son film expérimental Kommunikation, en février 1962, il figure parmi les rebelles qui signent le manifeste considéré comme l’acte de naissance du nouveau cinéma allemand.

Il rejoint Alexander Kluge et Detten Schleiermacher – des animateurs du Manifeste d’Oberhausen qui ont obtenu en 1961 la création au sein de l’Institut supérieur du design d’Ulm d’une section de création cinématographique (Institut für Filmgestaltung), à une époque où il n’existait pas en Allemagne d’école supérieure de cinéma analogue à l’I.D.H.E.C. en France. Edgar Reitz est jusqu’en 1968 un des cadres de cet enseignement théorique et pratique d’où sont issus plusieurs cinéastes parmi les plus rigoureux du jeune cinéma allemand : Ula Stöckl, Claudia von Alemann, Jeanine Meerapfel, ou encore les documentaristes Günther Hörmann et Peter Schubert. Période féconde au cours de laquelle il est le chef-opérateur du premier film de fiction de Kluge (Anita G., 1965), et réalise ses deux premiers longs-métrages : Les Repas (Mahlzeiten, 1966), un film co-écrit avec Kluge, qui dénonce sobrement la société de consommation, et Cardillac (1968), d’après une nouvelle de Hoffmann dont le héros est un orfèvre ne reculant pas devant le crime pour récupérer les bijoux qu’il a créés. Deux films qui sont aussi une réflexion ambitieuse sur l’art, et qui ont contribué à façonner l’image intellectuelle du nouveau cinéma allemand. Si Les Repas est primé à Venise, Cardillac est le premier des échecs commerciaux de Reitz, un de ceux qui l’ont amené à rechercher des voies nouvelles.

Ce sera d’abord dans des expérimentations sur du matériel léger comme le 8 mm, et dans la mise au point d’œuvres collectives, avec notamment Ula Stöckl. Puis Le Voyage à Vienne (Die Reise nach Wien, 1973) montre une conversion à un style narratif plus classique, avec un renforcement de la réflexion sociale et historique. Reitz n’abandonne pas les recherches sur le montage, et signe avec Kluge le film-manifeste Dans le danger et la plus grande détresse, le juste milieu apporte la mort (In Gefahr und grösster Not bringt der Mittelweg den Tod, 1974), qui mêle reportages, fictions ironiques, insertion des acteurs dans des scènes de rues et des manifestations publiques. Le traitement d’un récit linéaire accordant la prééminence au regard historique et critique, qui triomphera dans Heimat, s’affirme en 1977 avec Point zéro (Stunde Null), qui se déroule en Allemagne en 1945, alors que se fixent les futures frontières entre les deux Allemagnes.

Le Tailleur d’Ulm (Der Schneider von Ulm, 1978) est une œuvre dans laquelle il place beaucoup d’espoir. Ce film relativement coûteux inspiré d’un personnage réel, Albrecht Berblinger, un artisan qui inventa une machine volante en 1811, est le portrait d’un visionnaire confronté aux résistances d’une société conformiste. Mais c’est un nouvel échec commercial. Reitz se retire dans son pays d’origine, le Hunsrück, région rurale de la Rhénanie proche de Trêves. Là, il entreprend d’écrire un vaste récit qui solliciterait les codes des sagas familiales télévisuelles pour mieux développer des significations sociales et historiques. Fortement marqué par des caractéristiques spécifiquement régionales, Heimat (1981-1984), est une vaste chronique de quinze heures en onze épisodes. Quelques touches personnelles directes (le grand-père d’Edgar Reitz était forgeron, son père était horloger), l’hommage explicite quoique métaphorique à sa mère, symbolisent l’ancrage d’une œuvre qui exploite les enquêtes menées sur place dont une partie figure dans son documentaire Histoires des villages du Huns [...]

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  • Pierre GRAS, 
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Daniel SAUVAGET, « REITZ EDGAR (1932- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edgar-reitz/