BARTHELME DONALD (1931-1989)

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Donald Barthelme est né à Philadelphie en 1931 de parents catholiques et passa son enfance et sa jeunesse à Houston, où son père devint un architecte de renom. Pendant sa seconde année d'études de journalisme à l'université de Houston, il commença à écrire pour le Post avec l'ambition de suivre les traces d'Hemingway. Ses études terminées (elles furent interrompues par deux ans de service militaire en Corée), il travailla comme éditeur à Forum et comme directeur temporaire du musée d'Arts contemporains de Houston. Ce poste lui donna un goût très prononcé pour les images fortes et lui permit de devenir rédacteur en chef de la fugitive revue newyorkaise Location.

Dès lors, New York allait être son lieu de résidence et sa principale source d'inspiration. En 1962, il expédia sa première fiction au New Yorker qui l'accepta aussitôt. C'est ainsi que se noua une longue complicité entre les lecteurs de cette revue et l'iconoclaste imagier. Les fictions, dont certaines étaient illustrées de dessins, allaient se succéder à un rythme accéléré, avant d'être rassemblées dans des recueils : Come Back, Dr. Caligari (1964) Unspeakable Practices, Unnatural Acts (1968) City Life (1970), Sadness (1972), Amateurs (1976), Great Days (1979) et Overnight to Many Distant Places (1983). L'un de ces recueils, Guilty Pleasures (1974), rassemble à la fois des textes de fiction et des textes journalistiques. En plus de ses courtes fictions, Barthelme écrivit trois romans, Snow White (1967), The Dead Father (1975), et Paradise (1986) ainsi qu'un livre pour enfants, The Slightly irregular Fire Engine (1971).

Barthelme peut paraître, à bien des égards, un équivalent américain de Jorge Luis Borges. Cependant, ses fictions courtes ne partent pas d'intertextes ou de variations érudites mais, généralement, de situations ordinaires qui prennent aussitôt sous sa plume une dimension surréaliste. Par exemple, dans « The Balloon », Barthelme montre un ingénieur narrateur qui, après avoir installé un énorme ballon recouvrant tout Manhattan, observe les comportements étranges que ce phénomène va déclencher chez les New-Yorkais. Face à cette fiction, le lecteur se trouve confronté, finalement, aux mêmes problèmes que les New-Yorkais face à l'incroyable ballon.

Les romans sont moins journalistiques que les fictions ; ils traitent tous les trois des relations homme-femme, père-fils. Le premier, Snow White, met en scène l'héroïne du très célèbre conte mais dans un espace moderne, celui de la mégalopole. Blanche-Neige est une femme américaine un peu vampirique que n'arrivent pas à satisfaire ses sept minuscules compagnons, ni d'ailleurs son prince. Ce roman est une suite de vignettes surréalistes où les personnages du conte ou du film côtoient des New-Yorkais affairés. Le second roman, The Dead Father, raconte l'étrange équipée d'une caravane qui se déplace à travers un pays désertique à la recherche d'un lieu où enterrer le père mort. Celui-ci, qui n'est que fictivement mort, continue de converser avec son fils et essaie même de forniquer avec sa belle-fille... À travers tous ses textes, Barthelme dresse un catalogue des désirs et des frustrations de chacun, et invente un univers tangent dans lequel l'Amérique contemporaine transparaît en filigrane : une ville où toutes les maisons sont des églises, où les hôpitaux donnent des maladies, où le téléphone livre le silence à domicile. L'écrivain analyse aussi poétiquement comment nous apprivoisons la réalité par nos discours. Et puisque l'homme moderne vit dans un monde où la simulation l'emporte sur le réel, il revient à l'artiste de créer des objets inédits qui fassent vaciller les simulacres et provoquent chez le lecteur une inquiétante étrangeté.

Tous les lieux où s'exerce le pouvoir passionnent Barthelme. On sent chez lui une volonté iconoclaste de faire chanceler les citadelles du sens commun, en même temps qu'un désir passionné d'ensorceler et de séduire. Il sculpte le monde avec des mots, il le façonne comme un Faust moderne qui n'aurait jamais eu à passer de contrat avec le diable. Son écriture, comme celles de Sterne, Joyce ou Nabokov, est de celles qui font des émules.

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Maurice COUTURIER, « BARTHELME DONALD - (1931-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/donald-barthelme/