SIMAK CLIFFORD D. (1904-1988)

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Pour le grand public, le nom de Clifford D. Simak est lié à un livre : Demain les chiens. Pourtant son œuvre est longue, riche et exceptionnellement cohérente dans sa diversité. Simak est l'inventeur d'une science-fiction paradoxalement intimiste où les événements les plus surprenants sont vécus au quotidien par des gens ordinaires. Cette qualité d'intimité s'explique facilement : Simak s'est projeté dans son œuvre à un degré rare.

Tout commence à Millville (Wisconsin), à la ferme Wiseman. Un immigrant tchèque, John Simak, vient s'y louer comme journalier. Bientôt il épouse la fille de la maison. Et Clifford Donald Simak naît chez son grand-père maternel en 1904. Son père mettra plusieurs années à gagner l'argent nécessaire pour acheter sa propre ferme. Simple péripétie ? En fait, nous retrouvons dans ses romans le thème de l'étranger bien accueilli par un vieillard tolérant qui respecte sa différence (ethnique, linguistique, religieuse), le chaleureux souvenir d'une enfance bucolique en contact avec les animaux, la nostalgie des solidarités entre voisins au temps des pionniers. Chez les Wiseman, on pratique la lecture à voix haute, à la veillée. Simak y puisera certains traits de son style – simplicité, sérénité, oralité – et une vocation pour le journalisme, métier qu'il exercera toute sa vie avec un rare sérieux, accédant à la fonction de rédacteur en chef dans les années 1930. Sombres années où l'Amérique rurale fut frappée par la dépression : le journaliste qu'il était changea souvent de journal, mais les fermiers sombrèrent – y compris sa famille et ses amis –, et Simak dut affronter l'idée que le vieux monde était mort pour de bon. Bientôt, en 1939, la Tchécoslovaquie à laquelle il devait son existence fut crucifiée par Hitler, et les États-Unis furent vite entraînés dans la guerre.

Simak était amateur de science-fiction et l'écriture le tentait : de là une première carrière dans Wonder Stories (1931-1932) et une deuxième, dans Astounding, entamée en 1938. Pourtant, c'est un auteur qui naît avec les huit nouvelles publiées en revue de 1944 à 1951, qui composent Demain les chiens (1952) où l'on voit l'espèce humaine renoncer à son pouvoir sur la Terre et abandonner la planète à une fraternité de chiens mutants qui abolit enfin le meurtre et la violence, non sans susciter des paradoxes que l'auteur explore patiemment.

Jamais sans doute la science-fiction contemporaine n'a été traversée d'un tel souffle utopique. Simak a trouvé sa voie : il va l'explorer durant la période suivante, où il publie surtout dans Galaxy (1950-1963). Ses meilleures nouvelles (dont certaines ont été réunies en France dans Des souris et des robots et Le Livre d'or de Clifford Simak) montrent la variété de ses dons : il adopte sans peine le ton impertinent en honneur dans la revue qui l'héberge, et qui est de tradition dans la profession qu'il exerce. Mais l'esprit de Demain les chiens souffle encore, comme en témoignent ses deux grands romans : Dans le torrent des siècles (1950) et Au carrefour des étoiles (1963). Le premier est une œuvre métaphysique dans la lignée d'Olaf Stapledon, où l'on voit des « abstractions symbiotiques » créer la vie un peu partout dans l'univers et lui assigner un sens. Dans le second, une ferme familière dissimule une porte qui marque un seuil entre deux mondes ; toutes sortes d'extraterrestres y reçoivent l'hospitalité d'un homme quasi immortel. Le message se précise : Simak pense que l'homme a reçu une mission divine, mais que tous les vivants (y compris les animaux et les robots) ont reçu la même mission qui ne peut s'accomplir que dans la communion universelle.

Dans les années 1960, les nouvelles générations se laissent moins facilement séduire par ce message, malgré son égalitarisme et sa générosité. Simak cherche à s'adapter. Son vieux fond agrarien passe pour irréel ? Il opte pour l'irréalisme du conte de fées : La Réserve des lutins (1968) en appelle à l'enfance éternelle, au nom de son enfance à lui. Malheureusement il est moins convaincant : le sol de Millville n'est plus là pour le soutenir. Ou plutôt, s'il reste en lui, il a renoncé à le dire.

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Jacques GOIMARD, « SIMAK CLIFFORD D. - (1904-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clifford-d-simak/