GAILLY CHRISTIAN (1943-2013)

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Christian Gailly est un écrivain français, né à Belleville (Paris) en 1943, dans un milieu populaire. Sans être difficiles, son enfance et sa jeunesse sont marquées par le manque, celui de la culture pour l’essentiel. Sa vie d’adulte sera faite de ruptures, de tournants successifs ou d’ascensions, pour employer un terme que cet amateur d’aviation et de jeux de mots aurait aimé.

Sa première vocation, manquée en raison de sa myopie, est en effet celle de pilote. On en retrouvera souvent l’écho dans ses romans, et notamment dans L’Incident, dans lequel une des héroïnes, Marguerite Muir, partage sa vie entre son métier de dentiste et sa passion pour un Spitfire (avion de chasse britannique) remis en état. Le roman sera adapté au cinéma par Alain Resnais en 2009 sous le titre Les Herbes folles. Quant au nom de Muir, écho au célèbre film de Joseph Mankiewicz (L’Aventure de Mme Muir, 1947), il témoigne du goût de l’écrivain pour le cinéma. Christian Gailly travaille d’abord comme technicien chauffagiste. Il découvre le jazz qui restera une passion aussi profonde qu’heureuse, malgré une longue période de renoncement à ce genre musical qu’il a pratiqué en tant que saxophoniste. Il n’en jouera plus et n’en reprendra l’écoute qu’avec l’écriture de Be-bop (1995). Il définit cette musique, présente dans une grande partie de son œuvre, comme un « formidable foyer d’émotions … restées refoulées ».

Christian Gailly connaît quelques années incertaines. Il entame une psychanalyse puis travaille un temps comme analyste. Bien que le cabinet de consultation reste peu fréquenté, il trouve dans cette pratique quelques réponses, et des débuts de certitude.

La lecture de L’Innommable de Samuel Beckett fait office de révélateur. Gailly se met à écrire, sans perspective ni but, puis soumet son premier manuscrit à Jérôme Lindon (aux éditions de Minuit). La publication de Dit-il (1987) marque une étape. L’écriture est une composition qui prend la place de l’activité musicale inaboutie. L’auteur a quarante-quatre ans, peu de repères, et cette incise qui sert de titre est à lire comme un programme. Les références à Beckett, à Gracq et à Thomas Bernhard qui « traduit la langue du malheur » sont des indications. Comme il l’écrit dans ce premier livre : « J’écris alors aussi loin que je le peux. » Sa voix singulière va se placer avec K.622 (1989), L’Air (1991), Dring (1992) ou Les Fleurs (1993). Désormais, les thèmes sont là, posés avec netteté : la musique, la rencontre amoureuse et les choix parfois douloureux qui en découlent, le goût des détails concrets, souvent moteurs de la fiction, les lieux du quotidien comme cadre des « aventures ».

L’écriture de Gailly connaît un vrai tournant avec Be-bop (1995). La rencontre entre un vieux saxophoniste et son jeune disciple, dans un coin de Savoie, la présence entre eux de Cécile, femme hautaine et mystérieuse, tout cela sur un rythme qui emprunte beaucoup à Charlie Parker par ses élans, ses ruptures et ses nuances, conquièrent les lecteurs. Comme il le dira bien plus tard, mais cela vaut pour ce roman : « mon style d’écriture est fait d’avancées, de reculs, de digressions, de prises de risque narratif, de citations » (Le Nouvel Observateur). L’émotion guide l’auteur, sans que jamais la forme et surtout le langage comme moteur soient sacrifiés. C’est patent dans les Évadés (1997) et dans La Passion de Martin Fissel-Brandt (1998), qui fait écho à certains textes de Duras. Un homme rompt avec la femme qui l’accompagnait et part pour l’amour d’une autre en Asie. Il semble que toute causalité soit absente, qu’une impérieuse nécessité le guide.

Christian Gailly se consacre exclusivement à l’écriture. Il trouve dans le quotidien et dans le langage tout ce qui lui convient pour travailler sur ses textes, s’appuyant sur une résonance, un sens nouveau. Ce travail toujours en cours, rebondissant sur les sens cachés, tout en ellipse par instants, jouant avec les personnages et avec lui-même, le rapproche d’« auteurs Minuit », tels que Jean Echenoz, Christian Oster ou Jean-Philippe Toussaint – autant d’écrivains qui se distinguent par l’humour, la distance et un doute radical quant à la transparence du langage. Après le prix France Culture-Télérama attribué en 2000 à Nuage rouge, Christian Gailly connaît le succès public avec le prix du Livre Inter, décerné en 2002 à Un soir au club. Dès lors, il a ses lecteurs dont le cercle s’est bien élargi. Le roman sera adapté à l’écran en 2009 par Jean Achache.

Dernier Amour (2004), Les Oubliés (2007) et Lily et Braine (2009) ont ce « ton Gailly » reconnaissable entre tous. La digression y est tout un art, la forme romanesque emprunte à la tragédie, à des formes orales, mais aussi au conte. C’est notable dans Lily et Braine, un de ses plus beaux romans, un des plus émouvants. Sur le canevas de l’apparente renonciation, suivie d’un retour à la vie, au désir comme moteur, canevas qu’il reprend de roman en roman, Gailly imagine le retour d’un soldat marqué par la guerre, par la mort de ses compagnons, par celle qu’il a dû donner en combattant. La musique et la mort sont là, tentatrices : une arme cachée, un instrument « au son de velours violet », il n’en faut pas plus pour que tout bascule.

Le dernier livre de Christian Gailly paraît en 2012. C’est un recueil de textes courts, La Roue et autres nouvelles. La brièveté dont il avait su jouer dans tous ses romans, cette façon qu’il avait de « jouer juste », dans un équilibre toujours fragile s’incarnait à la perfection dans ce dernier livre.

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Pour citer l’article

Norbert CZARNY, « GAILLY CHRISTIAN - (1943-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christian-gailly/