LÉANDRE CHARLES (1862-1934)

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Bien qu'il ait pratiqué l'illustration avec un certain bonheur (Les Trois Mousquetaires de Dumas père ; Scènes de la vie de bohème d'Henry Murger), c'est surtout comme auteur de portraits en charge que Charles Léandre est connu. Son activité de caricaturiste a trouvé son point de départ dans l'observation des mœurs rurales de la Normandie, son pays natal. Léandre vit à une époque où se fait, de façon accélérée, le passage de la condition d'homme de la terre à celle de citadin. Lui-même est « monté » à Paris. Il observe avec un œil critique la transformation de certains de ses compatriotes provinciaux en citadins cossus. Le titre de l'une de ses œuvres est significatif : Il y a cinquante ans, M. Dugrosdoit arrivait à Paris avec ses deux sabots. Sa vision est très proche de celle d'Henry Monnier, le créateur de Joseph Prudhomme. Il n'est pas surprenant que le portrait en charge ait connu avec Daumier, Gill, Traviès, Monnier et Léandre son apogée. Le milieu social exaltait alors le mérite personnel. Le portrait en charge est un véritable condensé du passé et du devenir de son modèle. Dans l'accomplissement satisfait de ses personnages, Léandre saisit le processus d'accumulation des biens, l'état d'autosatisfaction qu'il engendre ainsi que la stagnation de l'intelligence dans un conformisme où les apparences l'emportent sur les valeurs de la vie intérieure. Dans le portrait en charge, le caricaturiste dégage tout ce que la vie bourgeoise a de disproportionné et de contradictoire. On peut être tenté de rapprocher l'univers de Léandre de celui la littérature. Si Steinlen et Forain, par exemple, participent de l'univers de Zola, Léandre, tout comme ses prédécesseurs Daumier et Monnier, est plus proche des créations de Balzac. Son activité, cependant, ne se borne pas à la caricature d'un type social. La vie politique, les écrivains et les acteurs lui donnent l'occasion de dégager des contradictions physiques. En mettant l'accent, par exemple, sur le physique disgracieux d'un tragédien connu pour sa grandiloquence, en distinguant la réalité morphologique de l'homme de la représentation qu'il prétend donner de lui-même, l'auteur de portrait en charge accomplit, dans le domaine graphique, un rôle de régulateur de la vie sociale. Il redresse en déformant.

—  Marc THIVOLET

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Dans le chapitre « Rôle paradoxal de la caricature »  : […] La caricature joue dans la société un rôle paradoxal. Elle déforme, certes, mais c'est pour mieux fustiger. Elle s'abreuve aux sources morales d'un certain puritanisme, voire d'un certain conformisme. L'exploitation du mécontentement va souvent de pair avec le confusionnisme politique. Au cours de l'affaire Dreyfus, les caricaturistes ( Forain, Léandre, Caran d'Ache, Willette), qui prenaient l'ord […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/caricature/#i_12004

Pour citer l’article

Marc THIVOLET, « LÉANDRE CHARLES - (1862-1934) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-leandre/