NOOTEBOOM CEES (1933- )

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Né à La Haye en 1933, Cees Nooteboom – de son vrai nom Cornelis Johannes Jacobus Maria Nooteboom – a parcouru en auto-stop, à vingt ans, le midi de la France, la Scandinavie, écrit des poèmes et un roman, Philip et les autres (1955), dont les éléments essentiels sont tirés de son voyage. La critique le reconnaît aussitôt comme un écrivain prometteur. En 1956 paraît à Amsterdam un recueil de poèmes, Les morts cherchent une maison. La même année, Nooteboom effectue son premier reportage lors de l'insurrection de Budapest.

Cees Nooteboom se définit comme un poète. Son écriture imagée, percutante dans l'expression, se veut un vecteur pour l'imagination et le rêve qui ont le pouvoir de transformer le monde. Sa finesse d'observation s'attache aux détails : lumière dans les vides des architectures, nuances subtiles de l'air et du bruit des pas selon la nature du sol. Cette poétique s'exprime sous des formes variées : romans, pièces de théâtre (Les Cygnes de la Tamise, 1959), recueils rassemblant les récits de voyage publiés en revue.

Il s'embarque pour les Caraïbes comme simple matelot sur un bateau appartenant au père de Fanny Lichtveld, qui devient son épouse. Il découvre la Tunisie, le Brésil. Il considère l'Espagne comme sa seconde patrie et y réalise son idéal de voyageur : se fondre dans le lieu pour devenir autre. Il aime la sensation de distance éprouvée en Indonésie, au Japon, en Malaisie, en Birmanie, au côté de sa seconde compagne, la chanteuse Liesbeth List. Les pays ainsi visités ont donné lieu à des recueils de reportages publiés entre 1963 et 1968. Dans ses récits d'Extrême-Orient – Le Bouddha derrière la palissade, un voyage à Bangkok (1986) – ou ceux qui sont réunis en français sous le titre Du printemps, la rosée (1995) – Nooteboom cherche « la grâce salvatrice dans les petites choses, dans la culture de la vie quotidienne ». Il narre ses pérégrinations avec humour, et la fascination qu'il éprouve face aux coutumes, aux chefs-d'œuvre artistiques ou aux traditions religieuses n'altère pas sa faculté d'analyse. Il connaît une sensation particulière à Paris, en mai 1968 : « Pour moi, le reporter de service, c'était avant tout de la poésie. » Les « événements » lui inspireront La Commotion parisienne (1969).

Ce n'est qu'à partir de son troisième roman, Rituels (1980), que les livres de Nooteboom connaissent une diffusion internationale. Le chevalier est mort (1963), où les jeux de miroir entre les personnages reflètent les doutes de l'écrivain, est passé pratiquement inaperçu à l'étranger. Proche du Nouveau Roman, Rituels opère un rapprochement entre la messe et la cérémonie zen du thé et entrecroise le destin de trois personnages autour des thèmes de la fuite du temps, de la désillusion et du suicide. Les romans de Cees Nooteboom se présentent comme « une métaphore inversée de la réalité... l'écrit comme métaphore de l'existant, et l'existant comme métaphore de soi-même », ainsi qu'il l'écrit dans Le Chant de l'être et du paraître (1981) où l'histoire de trois Bulgares envahit le présent de l'écrivain qui a fait naître ces personnages. Dans les montagnes des Pays-Bas (1984), récit féerique, propose une inversion de perspective. Cette fois, l'auteur parcourt son propre pays à la suite d'illusionnistes et d'un narrateur espagnol. Les personnages principaux des romans de Nooteboom sont des voyageurs, comme le photographe qui, dans Mokusei (1982), vit au Japon une histoire d'amour aussi impossible que la fusion du voyageur avec ce pays tiraillé entre des périodes inconciliables de l'histoire : le Moyen Âge féodal et le modernisme effréné.

« Le centre du monde est partout à la fois, nous dit Cees Nooteboom, mais là où l'on se trouve temporairement, il n'est plus que ce lieu. » L'art lui permet de porter des interrogations inattendues sur le pays qu'il visite : les énigmes posées par l'architecture de Santo Domingo de Silos, par Velázquez ou Zurbarán (Zurbaran, 1992) lui servent de guide dans des régions reculées d'Espagne (Désir d'Espagne, Mes Détours vers Santiago, 1992) où le présent du voyageur va à la rencontre des traces du passé.

Il observe le passage du flux de l'histoire. Son témoignage sur Une année allemande. Chroniques berlinoises, 1989-1990 (1990) rend compte, mieux que bien des analyses politiques, des enjeux de la réunification, à travers un système de références littéraires et artistiques, où il voit « une des multiples formes du postmodernisme ». « L'Europe forme une gigantesque toile d'araignée de réfé [...]

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Aliette ARMEL, « NOOTEBOOM CEES (1933- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cees-nooteboom/