CATHERINE D'ALEXANDRIE sainte (morte déb. IVe s.)

photographie : Mont Sinaï

Mont Sinaï

Le monastère de Sainte-Catherine, au mont Sinaï, Égypte. 

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C'est avec sa Passion que sainte Catherine apparaît dans l'histoire. D'après ce récit, l'empereur Maxence passant à Alexandrie en Égypte ordonna à tous ses sujets d'offrir des sacrifices aux idoles. Catherine, alors âgée de dix-huit ans, était fille du roi Costos et avait appris les sciences et les arts, connaissait les poètes et les philosophes. Elle se rendit devant l'empereur et lui proposa une discussion. N'osant répondre lui-même, il convoqua cinquante philosophes. Catherine réfuta si bien leurs objections qu'ils s'avouèrent impuissants. L'empereur les fit jeter dans un brasier et envoya Catherine en prison. Quelques jours plus tard, on la conduisit devant une énorme machine composée de quatre roues garnies de pointes. Elle ne fut pas effrayée. On la jeta dedans, un ange l'enleva et la machine éclata, tuant une multitude de païens. L'impératrice étant intervenue en faveur de Catherine, l'empereur la fit décapiter, puis il condamna à la même peine deux cents soldats qui se déclarèrent chrétiens et enfin Catherine elle-même. Avant de mourir, elle demanda à Dieu d'exaucer tous ceux qui le prieraient par son intercession et de les conduire tous au paradis. Le bourreau lui coupa le cou : il en coula non du sang, mais du lait. Les anges prirent son corps et le portèrent sur le mont Sinaï. L'origine de ce récit se place au début du ixe siècle (on n'a trouvé aucun témoignage antérieur sur Catherine). Il fut écrit en grec on ne sait où et bientôt traduit en latin.

Le culte de sainte Catherine se répandit rapidement après le ixe siècle. Elle a donné son nom au point culminant (2 602 m) de la presqu'île du Sinaï, le djebel Katherin et au monastère construit par Justinien au vie siècle sur le lieu où l'on vénérait la révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent.

En Occident, la dévotion à sainte Catherine apparaît au début du xie siècle à Rouen. Elle se répandit partout et spécialement dans les universités. On ajouta des détails à sa vie : sa conversion par un ermite et son mariage mystique avec l'Enfant Jésus. Par allusion à la roue de son supplice, elle devint la patronne des charrons, des rémouleurs, des menuisiers et des potiers. Les confréries de jeunes filles la vénéraient particulièrement et avaient le privilège de s'occuper de sa statue ; celles qui se mariaient quittaient la confrérie, laissant aux autres le soin de « coiffer sainte Catherine » ; c'est l'origine de l'expression bien connue qu'on applique aux filles qui atteignent vingt-cinq ans sans être mariées.

Les représentations figurées de sainte Catherine ou des scènes de sa légende sont innombrables et de très grande qualité, de la fin du Moyen Âge à l'époque classique. L'immense succès de la dévotion à sainte Catherine est dû essentiellement à la promesse que, d'après sa légende, elle aurait faite avant de mourir d'assister toujours ses dévots. Malheureusement les critiques admettent qu'il s'agit du cas très rare d'une sainte qui n'a aucune existence historique, bien qu'elle soit « apparue » à Jeanne d'Arc. Il ne s'agit d'ailleurs probablement pas d'une supercherie : l'auteur de la Passion a voulu composer un pieux roman, qui a été pris en toute bonne foi, malgré ses anachronismes et ses invraisemblances, pour une histoire vraie.

—  Jacques DUBOIS

Écrit par :

  • : moine bénédictin, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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Pour citer l’article

Jacques DUBOIS, « CATHERINE D'ALEXANDRIE sainte (morte déb. IVe s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/catherine-d-alexandrie-sainte/