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IGNATOVITCH BORIS (1899-1976)

Auteur majeur de la photographie soviétique, Boris Vsevolodovitch Ignatovitch est né en 1899 dans la ville ukrainienne de Loutzk où il effectue sa scolarité, primaire et secondaire. Doué pour l'écriture, il commence en 1918 à travailler comme chroniqueur pour les journaux Severo Donetski Kommunist et Krasnaïa Svezda de Kharkov en Ukraine. Boris Ignatovitch s'installe dans cette ville l'année suivante, en même temps qu'il s'inscrit au parti communiste. Le journal Krasnaïa Bachkria lui confie alors le poste de rédacteur en chef jusqu'en 1922, date à laquelle il accepte la même responsabilité au sein de publications humoristiques illustrées de Leningrad. Cette activité mineure lui donne le loisir de s'intéresser à la photographie que l'effervescence créatrice de la jeune Union soviétique anime et inspire tout autant que les autres arts. La rencontre avec Alexandre Rodtchenko (1891-1956) sera déterminante, immergeant d'emblée le néophyte dans le courant novateur qui proscrit l'académisme bourgeois du pictorialisme importé d'Occident. Contemporain de la « nouvelle vision » qui connaît en Europe la même révolution aboutissant à une représentation inédite de la réalité, le mouvement constructiviste conduit par Rodtchenko exploite une rhétorique qu'il partage avec le cinéma russe : l'axe de prise de vue basculé en plongées et contre-plongées, la mise en valeur du sujet par un cadrage serré, voire excentré (servent l'interprétation esthétique de l'industrialisation rapide programmée par les plans quinquennaux).

Boris Ignatovitch s'installe à Moscou en 1926 où l'Association des photographes reporters de la Maison de la presse l'admet dans son équipe dirigeante. Les liens d'amitié et l'estime réciproque qui l'unissent à Rodtchenko l'impliquent dans la création, la même année 1926, du groupe Octobre qui réunit l'avant-garde photographique soviétique et dont il prendra la direction pour deux ans en 1928. Dans le même temps, devenu rédacteur en chef de la revue Bednota, Ignatovitch collabore activement à plusieurs publications illustrées, en particulier Ogonyok, Prozhektor, Kraznaïa Niva. Ses photographies, comme celles du groupe Octobre cultivent une vision esthétique d'un monde contemporain dans lequel l'homme est la fois sujet et spectateur. Plus qu'une propagande chargée d'imprimer un message, les photographies d'Ignatovitch partagent l'élan créateur qui anime les artistes, poètes, écrivains, plasticiens, musiciens ou photographes inspirés par la modernité et son corollaire le progrès. Son « Déjeuner d'ouvriers à la Commune » de 1928 place en premier plan le haut-parleur qui divertit ou instruit les travailleurs attablés faces à de larges écuelles. Dans « Le village à l'heure du thé », publiée dans Bednota, il installe deux paysans de part et d'autre d'un troisième qui fait à voix haute une lecture heureuse du même journal. Ignatovitch devient le témoin actif des signes qu'émet une ère nouvelle, les élections ouvertes à la consultation du peuple comme le cinéma ambulant par lequel Lénine entend éclairer les campagnes. Les grands travaux entrepris par le nouveau régime lui inspireront une série de photographies régulièrement publiées dans les revues Dages et L'U.R.S.S. en construction. Usant de la symétrie et de la contre-plongée comme argument emphatique, Ignatovitch exalte à la fois l'ampleur des réalisations et la participation de l'homme à l'édification rapide du pays, telle que la programment les plans quinquennaux. Cette activité militante n'entrave en rien l'élan esthétique du photographe qui sera présent en 1929 à l'exposition Film und Foto de Stuttgart. Son « Monument à Ferdinand Lassalle » de 1930 décalant le[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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