WATTERSON BILL (1958- )

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Dessinateur américain, William Bill Watterson, le créateur de la bande dessinée Calvin et Hobbes, est né le 5 juillet 1958 à Washington. Il grandit à Chagrin Falls, petite ville de l'Ohio, étudie les sciences politiques à l'université de Kenyon, puis se lance dans le dessin de presse. Après une expérience infructueuse au quotidien The Cincinnati Post, il travaille à une forme plus personnelle de cartoon. Il lui faudra cinq ans pour imposer des personnages originaux, mais aussi pour que ces personnages s'imposent à lui : le petit Calvin et son tigre Hobbes étaient d'abord secondaires dans les bandes que dessinait Watterson, et c'est à l'insistance de l'agence United Features qu'il leur accorda la vedette. Ironie du sort, c'est une autre agence, Universal Press, qui publie la série à partir de 1985. Celle-ci connaît rapidement le succès et ne cesse ensuite de gagner des lecteurs et des prix dans de nombreux pays.

À l'instar de son aîné et modèle Charles M. Schulz, Bill Watterson œuvre en solitaire et trace lui-même la moindre case. Allergique aux feux des médias, il a toujours limité ses apparitions publiques au strict minimum, jusqu'à devenir pratiquement invisible. Il s’est retiré du monde de la bande dessinée et se consacre à la peinture dans sa ville de Hudson (Ohio). Sur l'une des rares photographies de lui qui soient disponibles, on voit un homme d'allure timide et sévère, ressemblant assez au père de Calvin dans la B.D., la moustache en plus. Au bout de dix années d'une production quotidienne, Watterson a interrompu Calvin et Hobbes, au désespoir de millions de fans. C'était le 1er janvier 1996. La série avait paru dans plus de deux mille journaux à travers le monde, et les recueils (seize aux États-Unis) ont tous été des best-sellers. En France, pourtant, la notoriété de Calvin et Hobbes reste relativement limitée. La raison en est peut-être le défaut de parution continue dans un grand journal, et l'absence de toute exploitation commerciale des personnages en dehors des albums (vingt-quatre titres publiés à partir de 1988, principalement aux éditions Hors collection, Presses de la Cité, à Paris). Bill Watterson a toujours fait de ce dernier point une affaire d'honneur : « Je suis dessinateur, pas le patron d'une entreprise Calvin et Hobbes », déclarait-il dans une de ses rares interviews.

La série Calvin et Hobbes est immédiatement séduisante, son style graphique est vif, souple et d'une simplicité travaillée. Une particularité suffirait à la démarquer des Peanuts de Schulz, auxquels elle s'apparente par bien des aspects : les adultes ici sont représentés. Peu nombreux – pour l'essentiel, les parents de Calvin et son institutrice –, ils n'en sont pas moins les puissants symboles d'une autorité que l'enfant de six ans n'a de cesse de convertir en absurdité. Le monde des grands n'est pas étranger à Calvin, il est son ennemi, et ce gosse perpétuellement « en pétard » lui mène une guerre sans merci. Fort du langage et des capacités de raisonnement d'un adulte évolué, Calvin exprime pourtant les désirs et les besoins d'un gamin de son âge. D'où un premier décalage, comique et irrésistible.

Papa et maman sont inclus d'office dans les fantasmagories de leur rejeton, doué par nature de l'imagination d'un... créateur de bandes dessinées. Ils deviennent des monstres ou des extraterrestres – occasion pour Watterson d'explorer un tout autre registre graphique. Ou bien ils sont relégués au rang de simples quidams vivant sous le même toit qu'un petit génie, et par lui soumis à des sondages de popularité désastreux (le père) ou à des commentaires acerbes sur la nourriture (la mère). Tous deux s'efforcent de conserver une certaine placidité, bienveillante pour l'une, esprit du foyer, indifférente chez l'autre, amateur d'excursions sportives. Mais que faire quand Calvin aligne, au nom de l'art moderne, une armée de bonshommes de neige grimaçants devant la porte du garage, ou laisse déborder l'eau du bain ? Quant à la massive Mrs Wormwood, l'institutrice, elle constate jour après jour que Calvin et l'école ne sont pas faits l'un pour l'autre. Au demeurant, celui-ci n'a que peu de rapports avec ses petits camarades, et ils sont primaires : malmené par Moe la brute, Calvin prend un malin plaisir à persécuter sa voisine Susie – en vain, le plus souvent.

Mais l'idée géniale qui donne à la bande sa dimension pleinement poétique s'appelle Hobbes. Banale peluche aux yeux de tout autre que Calv [...]

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  • Écrit par 
  • Dominique PETITFAUX
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Pour citer l’article

François GORIN, « WATTERSON BILL (1958- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bill-watterson/