BI FEIYU (1964- )

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Bi Feiyu naît en 1964 à Xinghua (province du Jiangsu). Diplômé de chinois de l’Institut normal de Yangzhou en 1987, il a enseigné pendant cinq ans, puis travaillé comme journaliste. En 2013, il devient officiellement professeur à l’université de Nankin, une reconnaissance universitaire dont avaient déjà bénéficié avant lui d’autres écrivains comme Wang Anyi ou Mo Yan.

Bi Feiyu commence à attirer l’attention de la critique vers le milieu des années 1990 avec ses nouvelles « Shi shui zai shenye shuohua » (« Qui parle au cœur de la nuit ? »,1995) et « Buruqi de nüren » (« La femme qui allaitait »,1996). Il entre en 1998 à l’association des écrivains du Jiangsu. Ces premiers succès sont confirmés un peu plus tard avec Qingyi (L’Opéra de la lune, 2000), puis Yumi (2003), un roman en trois parties dont la traduction intitulée Three Sisters obtiendra en 2010 le Man Asian Literary Prize, et le long roman Pingyuan (La Plaine, 2005). En Chine même, il s’est vu décerner les prix les plus prestigieux, notamment le prix Lu Xun, qui lui sera attribué à deux reprises, et le prix Mao Dun en 2011 pour Tuina (Les Aveugles, 2008). On lui doit aussi le scénario et la version romanesque, sous le titre Shanghai wangshi (Le passé de Shanghai, 2003 ; en français Les Triades de Shanghai) du film de Zhang Yimou Shanghai Triad, lui-même inspiré d’un roman de Li Xiao. Son écriture raffinée et inventive, remarquable par sa richesse métaphorique, lui a valu de devenir, au seuil des années 2010, avec Mo Yan et Yu Hua, un des trois écrivains chinois les plus en vue.

Les nouvelles et romans de Bi Feiyu se déroulent le plus souvent à la campagne, et pour plusieurs d’entre eux à la fin de la révolution culturelle. Mais sa perspective n’est ni celle de la grande histoire, ni celle de la quête des racines. Appartenant à la nouvelle génération des écrivains nés dans les années 1960, il pratique un réalisme du quotidien, attentif aux aspirations et aux désirs, notamment sexuels, des individus. Ses personnages, féminins surtout, cherchent désespérément à s’imposer ou à survivre dans un monde qui ne laisse aucune chance aux plus faibles. Si ce dernier constat n’est pas exempt de connotations politiques, Bi Feiyu reste avant tout un explorateur des âmes. Un de ses textes de jeunesse, Yutian de mianhuatang (De la barbe à papa un jour de pluie, 1994), racontait avec une puissante intensité émotionnelle le naufrage d’un jeune homme incapable de se hisser au niveau des idéaux virils que son père, héros de la guerre de Corée, aurait souhaité lui inculquer. Yumi, l’héroïne du premier volet des Trois Sœurs, caresse un moment l’espoir de se marier avec un aviateur. Ce projet échoue quand son père, secrétaire local du parti, est sanctionné pour son inconduite et que deux de ses sœurs sont violées. Pour sauver sa famille, Yumi se résout à épouser un cadre d’un certain âge, qui lui assurera pouvoir et respectabilité.

La particularité de l’écriture de Bi Feiyu est de plonger le lecteur dans l’intériorité de ses personnages en allant bien au-delà de la simple analyse psychologique. Conscient que toute tentative d’affirmation de soi passe par le corps, il saisit les émotions dans ce qu’elles ont de plus physique, et parfois de plus brutal. Xiao Yanqiu, la pathétique héroïne de L’Opéra de la lune, brûle de reconquérir la gloire qui fut la sienne vingt ans auparavant quand elle incarnait au théâtre le personnage légendaire de Chang’E. Mais l’ancienne qingyi (un des rôles de l’opéra traditionnel) a beau se soumettre à toutes sortes de tortures pour retrouver sa jeunesse, son corps, vieilli et avachi, finira par trahir son rêve fou d’immortalité. Si le destin des personnages est largement déterminé par leur environnement, Bi Feiyu s’intéresse moins aux interactions sociales qu’à l’individu compris comme corps singulier, enfermé dans ses limites, et au travail qu’il est contraint d’effectuer sur lui-même pour s’adapter aux situations auxquels il est confronté ou pour transcender sa condition. Le sujet de son dernier roman Tuina (Les Aveugles) s’inscrit parfaitement dans la continuité de cette écriture : l’infirmité des protagonistes, une confrérie de masseurs aveugles, permet à l’auteur de se concentrer sur les sensations, tactiles en particulier, un registre dans lequel il excelle. De l’aveu même de l’auteur, ces personnages dont le handicap n’entrave pas l’élan qui les porte vers l’amour et le bonheur représentent aussi pour les voyants une leçon de dignité et d’humanité.

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Écrit par :

  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales, directrice de l'équipe ASIES

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Pour citer l’article

Isabelle RABUT, « BI FEIYU (1964- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bi/