ABBOTT BERENICE (1898-1991)

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Certaines figures de l'histoire de l'art occupent des places singulières car elles ne se sont pas accomplies dans le domaine précis de la création artistique qui fut leur première passion. C'est le cas de l'Américaine Berenice Abbott, qui voulait se consacrer à la sculpture et qui expérimenta l'approche de la matière, de l'espace et de la lumière dans le domaine de la photographie. Outre son œuvre de portraitiste et de « documentaliste » de l'architecture new-yorkaise, elle a révélé au monde le photographe français Eugène Atget (1857-1927), considéré aujourd'hui, en grande partie grâce à elle, comme l'un des fondateurs de la photographie moderne.

Née le 17 juillet 1898 à Springfield, dans l'État de l'Ohio, Berenice Abbott entreprend des études de journalisme à la Columbia University de New York en 1918. Elle veut alors réaliser un rêve longuement mûri durant son enfance provinciale. Mais, attirée par la création artistique – qu'elle considère alors comme un champ d'investigations journalistiques –, elle suit également des cours d'histoire de l'art et d'art plastique. À Greenwich Village, elle visite l'atelier de Marcel Duchamp et rencontre Man Ray dont elle devient une amie. Elle veut être sculpteur et, en 1921, elle part pour Paris ; là, elle fréquente l'Académie de la Grande Chaumière, les ateliers de Constantin Brancusi et d'Émile Bourdelle. En 1923 elle devient l'assistante de Man Ray tout en commençant à pratiquer la photographie. Elle se spécialise très vite dans le portrait et ouvre un magasin-studio rue du Bac. Elle se consacre aux portraits d'intellectuels et d'artistes et reçoit des commandes de plusieurs maisons d'édition. Cocteau, James Joyce, Sylvia Beach, Gide, Foujita, Max Ernst ou la princesse Bibesco sont ses modèles.

C'est en 1925 qu'elle rencontre, grâce à Man Ray, le photographe Eugène Atget, inlassable chroniqueur d'un Paris architectural qu'il explore systématiquement, de vitrines en hôtels particuliers, de classes sociales en paysages urbains, d'arrondissement en arrondissement. Elle devient l'amie du vieil homme et se prend de passion pour son œuvre, comprenant avant bien d'autres la modernité de son approche humble de la ville, l'importance à la fois esthétique et documentaire de ses clichés. Elle prépare la première publication de celui que l'on considérait jusqu'alors comme un artisan soigneux et qu'elle révèle comme un inventeur d'images dans l'ouvrage publié en 1930 aux éditions H. Jonquières. À la fin de 1930, Berenice Abbott regagne New York après avoir échangé son mobilier contre une peinture de Max Ernst et fait l'acquisition de deux mille épreuves et négatifs d'Atget, qui sont aujourd'hui la propriété du Museum of Modern Art de New York. Elle ouvre un studio dans la 67e Rue et continue son travail de portraitiste tout en commençant une importante série sur l'architecture de New York, dont les buildings la fascinent. Elle a intégré les recherches menées en Allemagne, en Italie, en U.R.S.S. et en France par les photographes d'avant-garde et constitue un étonnant panorama « moderniste » de New York. Changing New York, qu'elle publie en 1939, reste un ouvrage essentiel sur la ville dans les années 1930. Ses collaborations avec les magazines, bien qu'elles soient une source non négligeable de revenus, sont décevantes après la liberté découverte à Paris et elle se brouille avec une grande partie de la profession. Elle s'amuse alors à lancer des « gadgets » pour photographes, allant du gilet multipoches au pied unique, et se retrouve très isolée de la communauté photographique. C'est dans la solitude qu'elle commence une étonnante série d'images « scientifiques » surtout centrée autour des effets du magnétisme. Cette série attire à nouveau l'attention sur elle et on redécouvre au début des années 1960 l'importance de son travail.

En 1968, Berenice Abbott quitte New York pour s'installer à la campagne, dans le Maine, où elle prépare une importante rétrospective présentée au Museum of Modern Art puis dans la plupart des grands musées du monde entier. Célébrée partout, elle collectionne prix et médailles avec une bonhomie amusée. Dans ses nombreuses conférences, elle ne cesse d'affirmer que la photographie « a davantage à voir avec la sculpture qu'avec la peinture » et qu'elle ne doit pas « chercher à singer les autres modes d'expression ». Elle meurt, le 9 décembre 1991, dans sa propriété du Maine.

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Christian CAUJOLLE, « ABBOTT BERENICE - (1898-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/berenice-abbott/