BAZIN JEAN-PIERRE HERVÉ-BAZIN dit HERVÉ (1911-1996)

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Né à Angers, dans une famille bourgeoise solidement établie, petit-neveu de l'académicien bien-pensant René Bazin, l'auteur des Oberlé, Hervé Bazin, a refusé la place toute prête qui l'attendait. Il se forme seul en exerçant divers métiers : journaliste, représentant de commerce, employé des postes, valet de chambre... Il écrit aussi des poèmes. En 1946, il fonde une petite revue, La Coquille. Elle n'aura que huit numéros mais un futur académicien Goncourt y sera publié : Robert Sabatier. Son premier recueil de poèmes, Jour, reçoit le prix Apollinaire en 1947. Un an plus tard, il publie un second recueil, À la poursuite d'Iris. Tous deux seront repris dans une édition commune en 1971. Cependant, Paul Valéry encourage le poète à se tourner vers le roman. Et c'est ainsi qu'écrit d'une traite dans le dernier trimestre de 1947 paraît le 23 mai 1948 Vipère au poing. Le succès est immédiat et ne se démentira plus. Président de l'Académie des Goncourt de 1973 à sa mort et chargé d'honneurs, Bazin reste l'un des romanciers français les plus lus.

Bazin est essentiellement le romancier de la famille. Sa première œuvre pose crûment les relations d'une mère et de son fils. Jean Rezeau, surnommé Brasse-Bouillon, a une mère qui ne l'aime pas. Lui et son frère l'ont surnommée Folcoche, contraction de « folle » et « cochonne ». La haine monte entre Folcoche et Brasse-Bouillon jusqu'à la tentative d'assassinat. Le roman s'achève sur une proclamation de Jean qui déclare que, vipère au poing, il chassera tous ceux qui tenteront de violer son indépendance. Dans le climat pudibond de l'après-guerre, ce roman fait scandale. Le public se passionne pour ces « Atrides en gilet de flanelle » (M. Nadeau).

Bazin retrouve Folcoche dans deux autres romans : La Mort du petit cheval (1950) et Le Cri de la chouette (1972). Dans ce dernier roman, Brasse-Bouillon a quarante-huit ans. Il est père de famille. Surgit Folcoche qui tente de semer la zizanie et se prend de passion pour Salomé, fille d'un premier mariage de l'actuelle femme de Jean. Mais Folcoche n'est pas faite pour l'amour : elle en meurt sous le regard de son fils, d'où toute haine a désormais disparu.

Entre-temps, Bazin a publié La Tête contre les murs (1949), qui met en scène l'univers des hôpitaux psychiatriques, Lève-toi et marche (1952), l'histoire d'une paralytique, et L'Huile sur le feu (1954) qui conte les relations dramatiques d'une adolescente et de son père incendiaire. Avec Qui j'ose aimer (1956), Hervé Bazin retrouve le climat familial qui lui est propre : il s'agit cette fois d'inceste entre une fille et son beau-père. Au nom du fils (1960), en revanche, chante les joies de la paternité même si le père mis en scène n'est, dans la réalité, que le beau-père de ses enfants. On pourrait estimer que ce dernier roman marque la fin du trajet d'Hervé Bazin : il est parti de la haine filiale pour aboutir à l'amour paternel. Il continue cependant son exploration de l'univers de la famille avec Le Matrimoine (1967) ou Madame Ex (1975) ; il fait une incursion du côté du roman d'idées avec Les Bienheureux de la désolation (1970) et de l'essai avec Ce que je crois (1977). Il publie également des nouvelles (Le Grand Méchant Doux, 1992) et — nostalgie de sa jeunesse ? — rassemble son Œuvre poétique (1992).

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Jean-Pierre ÉNARD, « BAZIN JEAN-PIERRE HERVÉ-BAZIN dit HERVÉ - (1911-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bazin-jean-pierre-herve-bazin-dit-herve/