ALAÏA AZZEDINE (1940-2017)

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D'un talent hardi et original, Azzedine Alaïa a accompli une double carrière d'exigeant technicien de la mode et de créateur adulé qui le situe parmi les grands maîtres de l'esthétique contemporaine. Il a introduit la notion d'une élégance issue d'une minutieuse construction de la silhouette féminine, épousée par des vêtements de cuir, de maille, et dont il souligne amoureusement les courbes grâce à des surpiqûres et à des fermetures à glissière, selon les lois d'une stratégie de la séduction.

Azzedine Alaïa et Farida Khelfa

Photographie : Azzedine Alaïa et Farida Khelfa

Azzedine Alaïa fut à sa manière un clandestin de la mode, se refusant à toute industrialisation et gardant un contrôle jaloux sur ses créations. On le voit ici avec Farida Khelfa lors de la présentation de la collection automne-hiver 2014-2015. 

Crédits : Bertrand Rindoff Petroff/ French Select/ Getty Images

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La virtuosité d'Alaïa se fonde sur une connaissance technique approfondie de la coupe. Né le 26 février 1940 à Tunis, il suit les cours de l'École des beaux-arts, avec l'intention d'entreprendre une carrière de sculpteur. Déjà, il consacre une partie de son temps libre à effectuer des travaux pour des ateliers de couture. C'est pour explorer plus largement le milieu de la création de mode qu'il se rend à Paris, où il passe brièvement dans l'équipe de Dior, puis, plus longuement, chez Guy Laroche. Après quelques années de « vaches maigres », pendant lesquelles Alaïa doit exécuter à peu de frais des copies de modèles de haute couture pour des clientes privées, le perfectionnisme et la virtuosité technique du couturier commencent à être appréciés d'un public d'initiés, comprenant des rédactrices de mode exigeantes (Elle, Marie-Claire), des esthètes, des photographes bien informés (Bill Cunningham). Dans la fin des années 1970, Alaïa accueille amis et clientes dans son appartement personnel mué en studio de création : il présente des robes et des blousons extrêmement structurés, qui semblent conçus tout exprès pour exalter la prestance de son mannequin, Zuleïka, une jeune femme altière, à la crinière flamboyante. Alaïa raccourcit délibérément les jupes et étoffe la carrure des blousons ; l'érotisme volontiers agressif de cette reconstruction de la silhouette est tempéré par le choix de couleurs sourdes, le brun, le lie-de-vin, le marine, le vert bouteille, et surtout le noir, qu'Alaïa décline en cuir, en lainage, en jersey, et qui communique aux jeunes femmes une pâleur « fatale ».

Attaché exclusivement à la création des vêtements, Alaïa déclare être indifférent à la possession d'objets de luxe ou d'œuvres d'art ; la frugalité et la simplicité de son mode de vie sont devenues proverbiales ; il est également accessible au cosmopolitisme : Paris, New York et Tōkyō sont pour lui autant de capitales d'accueil. Désireux de maîtriser pleinement le développement de sa maison de couture créée en 1980, Alaïa refuse de céder l'exclusivité de ses vêtements à telle ou telle boutique ; il contrôle très soigneusement la qualité des matériaux qu'il utilise et l'exécution de ses modèles. Les vêtements de cuir qu'il dessine sont fabriqués par Mac Douglas et les vêtements de maille exécutés en Italie.

Les créations bien structurées, souples comme des gants, d'Alaïa, dominent l'esthétique des années 1980, ainsi que ses accessoires, en particulier de fameux gants de cuir enroulés en spirale avec une fermeture à glissière, et perforés d'œillets métalliques. Ouvert à l'innovation commerciale et à la diffusion, Alaïa a même, pendant un temps, conçu des modèles peu coûteux pour la société de vente sur catalogue 3 Suisses. Inspiré par la beauté sauvage de la chanteuse Grace Jones, Alaïa crée pour elle une garde-robe spectaculaire pour le film Dangereusement vôtre (1985) ; les photographes ont familiarisé le public avec l'image d'Alaïa, de petite taille, vêtu de noir, dominé de toute sa hauteur par Grace Jones dans des toilettes éminemment sculpturales et éclatantes. C'est une de ces robes étonnantes, entièrement ajourée et lacée sur le côté, que Grace Jones portait à la cérémonie de remise des oscars de la mode à l'Opéra de Paris (1986), au cours de laquelle deux oscars ont été décernés à Azzedine Alaïa.

Ayant installé son studio de création dans un hôtel particulier du Marais, sobrement décoré par Andrée Putman, Azzedine Alaïa présente volontairement ses collections en marge des défilés de prêt-à-porter. Malgré la célébrité et le succès du créateur, les présentations d'Alaïa ont conservé leur saveur de cérémonies pour initiés, avec, selon le jour et l'humeur, un climat de bonhomie vigilante, d'admiration chuchotée, ou de fanatisme endiablé. Il présente ainsi ses collections en association avec des sculptures de Dan Flavin (C.A.P.C. de Bordeaux), des peintures de Julian S [...]

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Guillaume GARNIER, « ALAÏA AZZEDINE - (1940-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/azzedine-alaia/