AUNG SAN SUU KYI (1945- )

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Femme politique birmane, fille du général Aung San (1915-1947), le héros de l'indépendance birmane, et de Daw Khin Kyi (1912-1988). Longtemps diabolisée par le pouvoir militaire au pouvoir depuis 1962, accusée d'être à la solde de l'étranger ou de fomenter l'anarchie, elle poursuit une guerre d'usure contre les autorités en dépit d'intimidations multiples. Forte du soutien des démocraties qui lui ont attribué successivement le prix Sakharov (1990), le prix Nobel de la paix (1991) ou encore la médaille de la liberté (2000), elle refuse l'exil.

Née à Rangoon le 19 juin 1945, Aung San Suu Kyi fait ses études dans la capitale puis en Inde où sa mère a été nommée ambassadrice, enfin au Royaume-Uni. Diplômée de l'université d'Oxford, elle épouse en 1972 un universitaire britannique, Michael Aris (1946-1999), spécialiste du monde tibétain, qu'elle suit au Bhoutan. Tout en élevant ses deux fils, Myint San Aung (Alexander, né en 1973) et Htein Lin (Kim, né en 1977), elle entame une thèse de doctorat. Des recherches académiques sur son père la conduisent à l'université de Kyōto (1985). Rentrée à Rangoon (avril 1988), elle est guidée par les événements sanglants qui s'y déroulent. Tout s'enchaîne alors très vite. Le 15 août, elle publie une lettre ouverte et propose au gouvernement sa médiation avec les étudiants révoltés. Deux jours après sa première apparition publique, le 26 août, des centaines de milliers de personnes viennent l'écouter près de la pagode de Schwedagon puis, le 24 septembre, elle co-fonde la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), une alliance des partis d'opposition. Pendant ce temps, l'armée reprend le contrôle du pouvoir. Secrétaire générale de la NLD, Aung San Suu Kyi organise le mouvement et sillonne le pays, parfois au risque de sa vie.

La junte l'assigne à résidence (20 juillet 1989) mais, pour que le « peuple sache qu'il n'est pas seul », Aung San Suu Kyi multiplie les grèves de la faim et déclare que les Birmans doivent apprendre à ne pas seulement compter sur elle. Bien qu'isolée, la Ligue s'impose aux élections législatives du 27 mai 1990 (392 sièges sur 485). Le désaveu est tel que les militaires renoncent à réunir le Parlement élu et font valoir qu'une nouvelle Constitution doit être préalablement élaborée. Ils convoquent une Convention nationale réunissant des représentants des partis, des socioprofessionnels et des personnalités « invitées ». Réunie à intervalles irréguliers de janvier 1993 à mars 1996, cette assemblée cautionne des mesures qui semblent s'appliquer d'abord à Aung San Suu Kyi pour l'écarter définitivement. Cette stratégie a ses limites tout comme l'emploi de la force pour neutraliser la NLD. Ainsi, Aung San Suu Kyi est radiée de son parti (décembre 1991), mais est rétablie dans ses fonctions dès son élargissement.

Aung San Suu Kyi

Photographie : Aung San Suu Kyi

La Birmane Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, figure de proue de l'opposition à la junte militaire. 

Crédits : Emmanuel Dunand/ AFP

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Pour sortir de l'impasse, à partir de 1994, des voix se font entendre au sein de l'armée en faveur d'un dialogue direct. Libérée le 10 juillet 1995, Aung San Suu Kyi continue d'être isolée par la junte. Elle ne peut, de facto, quitter la capitale. Par deux fois, à l'été de 1998 et en septembre 2000, elle est ramenée manu militari à son domicile. L'accès à sa résidence demeure bloqué par les forces de sécurité, tandis que les rassemblements de l'opposition sont déclarés illégaux (7 juin 1996). Cependant, elle parvient à tenir chez elle un premier congrès de la Ligue (26-27 septembre 1997) mais ne peut rendre visite à ses partisans en province, obligeant ceux-ci à venir l'écouter devant sa villa chaque semaine. La junte utilise tous les arguments pour réduire l'opposante au silence, notamment son renoncement à se rendre au Royaume-Uni au chevet de son mari agonisant, de crainte de ne plus jamais pouvoir revenir dans son pays. Cette confrontation extrême suscite les protestations de l'étranger qui se traduisent par des sanctions internationales. Les actions de boycottage reçoivent l'aval d’Aung San Suu Kyi, qui dénonce la caution apportée au régime par les compagnies étrangères qui investissent en Birmanie. Au sein de l'Association des nations du Sud-Est asiatique en revanche, au nom des principes de non-interférence, on refuse le bannissement de la Birmanie. De nouveau placée en résidence surveillée en septembre 2000, elle est libérée par la junte en mai 2002.

Des heurts violents entre ses partisans et l'armée conduisent le pouvoir à la réincarcérer en mai 2003, avant une nouvelle assignatio [...]

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Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi
Crédits : Emmanuel Dunand/ AFP

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Contestation du coup d’État militaire en Birmanie, 2021

Contestation du coup d’État militaire en Birmanie, 2021
Crédits : Stringer/ Anadolu Agency/  AFP

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  • : enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Christian LECHERVY, « AUNG SAN SUU KYI (1945- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aung-san-suu-kyi/