NERCIAT ANDRÉ ROBERT DE (1739-1800)

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De nos jours, les œuvres de Nerciat hantent l'« enfer » de la Bibliothèque nationale. On a pu voir en lui un parfait exemple de l'immoralité et de la corruption de l'aristocratie à la fin de l'Ancien Régime. Guillaume Apollinaire, qui a publié en 1910 une édition assez complète de ses œuvres dans la Bibliothèque des curieux, avec « des morceaux ignorés, des documents nouveaux et des pièces inédites », termine par ces mots l'éloge qu'il fait de lui en introduction : « Psychologue subtil et raffiné, esprit dégagé de tous les préjugés, écrivain délicieux, aux néologismes presque toujours heureux, personnage équivoque et séduisant, le charmant auteur de Félicia finissait en même temps que le xviiie siècle dont il est l'expression la plus délicate et la plus voluptueuse. »

Il est vrai que Nerciat ne survécut pas au siècle et à la Révolution. Il était né à Dijon, où son père était trésorier du parlement de Bourgogne. Il choisit d'abord le métier des armes. S'étant retiré avec le rang de lieutenant-colonel, il voyage en Europe, occupe différentes charges près des princes allemands (1780-1781), est envoyé par le roi pour soutenir les insurgés de Hollande contre le stathouder. À la Révolution, il émigre. À Naples, dont sa famille est originaire, il gagne la confiance de la reine Caroline. Elle le charge d'une mission à Rome, mais là, il se fait prendre par les armées de la République française et il est mis au cachot. Il n'est libéré qu'en 1800 et meurt aussitôt, à Naples, des suites de sa détention. La plupart de ses papiers ont été perdus. D'ailleurs, tous ses livres avaient paru sous le voile de l'anonymat, ce qu'on comprendra aisément, si l'on considère le but que se donnait l'auteur, et qu'il exprime dans l'une de ses préfaces : « L'intention de l'auteur est d'engager les femmes à n'être pas si timides et à trancher les difficultés, les maris à ne pas se scandaliser aisément et à savoir prendre leur parti ; les jeunes gens à ne point faire ridiculement les céladons, et les ecclésiastiques à aimer les femmes, malgré leur habit, et à s'arranger avec elles sans se comprom [...]


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Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres, professeure agrégée des Universités (littérature comparée), université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Denise BRAHIMI, « NERCIAT ANDRÉ ROBERT DE - (1739-1800) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-robert-de-nerciat/