GATTO ALFONSO (1909-1976)

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Né à Salerne, Alfonso Gatto est mort d'un accident de la route, près d'Orbetello. Il s'inscrivit en 1926 à la faculté des lettres de Naples, mais ne termina pas ses études. De 1934 à 1938, il habita Milan : il avait déjà publié ses premiers poèmes (Isola, Île, 1932). Quittant Milan après l'expérience amère de quelques mois de prison pour raisons politiques, il s'installa en 1938 à Florence où la qualité de son écriture mûrit en accord avec celle d'hommes de lettres novateurs, dont les noms apparaissaient presque tous sur les pages de Campo di Marte, le « bimensuel d'action artistique et littéraire » que Gatto rédigea avec V. Pratolini en 1938 et 1939. Ce sont les années de l'hermétisme, tandis que le fascisme préparait la guerre. Gatto publie d'autres livres, de Morto ai paesi (Mort aux pays) à La Sposa bambina (La Femme enfant). Dans ses ardentes prises de position polémiques, comme écrivain, peintre ou critique, se manifeste un engagement concret qui se réalise dans sa participation directe à la Résistance. Après la guerre, Gatto exerce dans diverses villes tantôt le journalisme, tantôt l'enseignement ; il voit grandir le consensus silencieux autour de son œuvre, brisée par une mort prématurée.

Pour définir les caractères de la poésie de jeunesse de Gatto — entre Isola et l'édition, en 1941, des Poesie (Poèmes) — on peut encore employer la formule « idylle surréelle » proposée par G. Ferrata. Elle contient en effet les deux tendances — l'une archaïsante et traditionaliste, l'autre plus ouvertement expérimentale — d'où naît une lyrique préfigurant quelque peu celle de l'hermétisme, considéré comme ligne directrice de la poésie italienne entre les deux guerres. Idylliques par leur substance, par leur mélodie qui se souvient des « ariettes » du Napolitain S. Di Giacomo, contemporain de D'Annunzio (outre le modèle « scientifique » et rationnel de l'idylle léopardienne), les premiers poèmes de Gatto parviennent à des effets véritablement surréels, grâce à sa technique combinatoire, sorte d'association « automatique » de la parole et de l'image. Le sens de l'écriture acquiert par là son autonomie ; d'autre part, la fidélité aux « contenus » quotidiens et à des formes de rythme et de métrique hérités de la tradition, assure à cette poésie une grâce exceptionnelle.

À partir d'Isola se trouve niée, par la coexistence fonctionnelle de la prose et du vers, l'opposition des genres ; et le travail critique de Gatto — doublé, dès La Sposa bambina, 1943, par la rédaction de Mémoires et d'œuvres de fiction en prose — s'accorde avec son œuvre de poète, car ils reposent tous deux sur le postulat typiquement hermétique de la collaboration nécessaire entre l'auteur d'un texte et son lecteur. Refusant toute politisation simpliste de la littérature, le Campo di Marte voulut donner à la littérature une dignité propre, une discipline sans préjugés parce que répondant à une rigueur intime. Ainsi naquit une idéologie de la forme, à qui certains (Bo, Vigorelli) donnaient un contenu religieux, tandis que d'autres lui cherchaient des racines plutôt philosophiques. Dans la terminologie de l'hermétisme, des mots comme « attente », « absence », « mémoire », devenaient peu à peu des notions essentielles, au point que l'« absence » put apparaître, sous le régime fasciste, comme un procédé subtil de contestation.

Gatto, dans sa poésie, enrichit et articule ces termes : les notions de « distance », d'« attente », d'« oubli » sont désormais la trame d'une syntaxe complètement originale ; sur ce fond se développera bien vite sa lyrique inspirée par la Résistance et l'après-guerre, liée peut-être à des circonstances et à des réalités plus tangibles, bien que sans influence sur le caractère fondamentalement abstrait du style. Les textes le plus directement en rapport avec la Résistance seront réunis dans un recueil, le plus structuré de l'après-guerre, La Storia delle vittime (L'Histoire des victimes, 1966), marquant ainsi la continuité d'un principe de résistance qui vit en nous et éveille le poète, bien avant que des facteurs externes le sollicitent. De plus, la poésie de Gatto, en particulier dans La Forza degli occhi (La Force des yeux, 1954) ou dans l'admirable Osteria Flegrea (Auberge Phlégréenne, 1962), a toujours donné spontanément la parole aux « victimes », sans céder pour autant à la tendance populiste. Si l'on examine certains passages de La Sposa bambina ou Carlomagno nella grotta (Charlemagne dans la grotte), on y trouvera « décrit », mais aus [...]

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Gilles QUINSAT, « GATTO ALFONSO - (1909-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alfonso-gatto/