À L'AMI QUI NE M'A PAS SAUVÉ LA VIE, Hervé GuibertFiche de lecture

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Dès son premier livre, La Mort propagande (1977), Hervé Guibert (1955-1991) a lié le sexe, la mort et le désir d'écrire, et formulé une exigence précise à l'égard de la littérature : elle doit révéler à l'auteur sa véritable identité, mettre à nu ce « moi » qui le hante comme un double, un moi qu'il poursuit dans ses plus intimes replis, presque cruellement, et exhibe sans fard, dans la lumière crue d'une écriture qui ne veut que dire la vérité. Mais l'on sait bien que toute vérité possède plusieurs facettes et que celle qu'un écrivain peut nous proposer de livre en livre ne dessine en fin de compte qu'un portrait imparfait. Ce n'est donc pas son autobiographie qu'Hervé Guibert écrit, mais des romans. S'ils se nourrissent de la matière même de sa vie, ils restent malgré tout à une distance suffisante pour que la lucidité et l'objectivité s'y déploient, dans ce léger décalage où la fiction peut encore doubler la réalité la plus dure d'une ironie salvatrice.

Hervé Guibert

Hervé Guibert

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Après des récits de fiction tels que Voyage avec deux enfants (1982) ou Des aveugles (1985), Hervé Guibert s'est tourné vers l'autobiographie (À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, 1990 ; Le Protocole compassionnel, 1991). 

Crédits : Ulf Andersen/ Getty Images

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Une écriture de la trahison

Dans À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, comme dans ses livres précédents, Guibert a choisi de se mettre en scène, lui et ses amis. Mais, bien que « tout soit scrupuleusement exact », comme il le précise dans une interview, tous ceux qui sont décrits ou simplement évoqués dans le livre « ne sont pas tout à fait ce qu'ils sont dans la réalité », et « même celui qui est Hervé Guibert dans le livre est un personnage ». Aussi le label « roman à clés » paraît-il ici bien injustifié. Certes, Guibert a eu pour amis Michel Foucault et Isabelle Adjani, mais ce qui l'a poussé à dévoiler ici ces pans méconnus de leur vie privée entre dans le cadre d'une problématique spécifiquement littéraire : écrire, en effet, pour l'auteur, c'est trahir, et trahir, c'est s'exclure de la communauté des hommes. Mais si écrire, c'est divulguer des secrets, éclairer des zones d'ombre, tout en brouillant les pistes, alors il faut choisir un « ton » particulier : celui de la confidence. C'est ce qu'a fait Guibert. E [...]

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François POIRIÉ, « À L'AMI QUI NE M'A PAS SAUVÉ LA VIE, Hervé Guibert - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 septembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/a-l-ami-qui-ne-m-a-pas-sauve-la-vie/