2013100e Tour de France

Départ

Porto-Vecchio (Corse), 29 juin

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 21 juillet

Nombre d'équipes au départ

22

Nombre de coureurs au départ

198

Nombre de coureurs classés

169

Nombre d'étapes

21

Distance totale

3 404 km

Moyenne du vainqueur

40,542 km/h

Podium

1. Christopher Froome (équipe Sky, Grande-Bretagne), 83 h 56 min 40 s

2. Nairo Quintana (équipe Movistar, Colombie), à 4 min 20 s

3. Joaquim Rodríguez (équipe Katusha, Espagne), à 5 min 4 s

Classement par points

Peter Sagan (équipe Cannondale, Slovaquie)

Meilleur grimpeur

Nairo Quintana (équipe Movistar, Colombie)

Classement par équipes

Saxo-Tinkoff

La course

Pour la centième édition du Tour de France, les organisateurs proposent des innovations : le Tour visite pour la première fois la Corse ; L'Alpe-d'Huez figure deux fois au programme de la même étape ; l'arrivée sur les Champs-Élysées se fait à la tombée du jour et est l'occasion d'un grand spectacle lumineux. On compte un absent de marque au départ : le Britannique Bradley Wiggins, vainqueur en 2012. Déjà, son équipe, le Team Sky, avait annoncé que le leader de la formation serait Christopher Froome, Wiggins devenant un équipier de luxe, ce qu'il ne prenait pas très bien. En outre, malade, il avait dû abandonner le Giro – son objectif de l'année –, annonçant peu après son forfait pour la Grande Boucle. Autre absent : Vincenzo Nibali, troisième en 2012 ; l'Italien, vainqueur du Giro, estime qu'il est impossible d'enchaîner avec succès deux grands Tours.

Selon les chroniqueurs, la victoire devrait se jouer entre le Britannique Christopher Froome et l'Espagnol Alberto Contador, le duel entre les deux hommes étant très attendu. Le premier, qui aurait déjà pu remporter la Grande Boucle en 2012 s'il ne s'était pas plié aux consignes d'équipe favorisant Wiggins, a brillé en 2013 : il a notamment gagné le Critérium international et le Critérium du Dauphiné. Le second, de retour de suspension pour dopage en août 2012, a remporté avec panache la Vuelta dès le mois suivant. Parmi les outsiders, on évoque l'Australien Cadel Evans, vainqueur en 2011 et brillant troisième du Giro en 2013, voire le Luxembourgeois Andy Schleck, lauréat sur tapis vert en 2010, mais qui est à la dérive depuis de longs mois. Les Espagnols Alejandro Valverde et Joaquim Rodríguez pourraient jouer les trouble-fête.

La première étape se termine dans le chaos à Bastia, par la faute d'un bus longtemps coincé sous la banderole d'arrivée : les chutes se multiplient, et le jeune Allemand Marcel Kittel s'impose au sprint. Le Belge Jan Bakelants s'empare du maillot jaune le lendemain, à Ajaccio. Le contre-la-montre par équipes, à Nice, voit la victoire de la formation Orica-Greenedge, ce qui permet à l'Australien Simon Gerrans de se vêtir du maillot jaune. Les sprinters entrent en action : le Britannique Mark Cavendish (Cagnes-sur-Mer - Marseille, 228,5 km), l'Allemand Andre Greipel (Aix-en-Provence - Montpellier, 176,5 km)), le Slovaque Peter Sagan (Montpellier-Albi, 205,5 km) s'imposent successivement. À Montpellier, Simon Gerrans a cédé volontairement, par le jeu des places à l'arrivée, le maillot jaune à son coéquipier Daryl Impey ; ce dernier, sud-africain, devient le premier Africain à enfiler la précieuse tunique.

Les favoris comptent se jauger lors de la première étape montagneuse (huitième étape, Castres - Ax 3 Domaines, 195 km). Ce 6 juillet, le jeune Colombien Nairo Quintana attaque dans le col de Pailhères. Puis, dès les premières pentes de la montée finale, l'Australien Richie Porte imprime un rythme très soutenu, préparant semble-t-il l'offensive de son leader, Christopher Froome ; de fait, le Britannique accélère à 5 kilomètres du but, décroche ses derniers rivaux, rejoint Quintana, et franchit en vainqueur la ligne d'arrivée. Derrière, Richie Porte fait un effort peut-être superflu pour prendre la deuxième place, à 51 secondes de son leader. Alejandro Valverde concède 1 min 8 s, tandis qu'Alberto Contador, à la peine, perd 1 min 45 s, malgré l'aide de son coéquipier tchèque Roman Kreuziger. Andy Schleck, à 3 min 34 s et, surtout, Cadel Evans, à 4 min 13 s, ont déjà rendu les armes. Christopher Froome, dont la stratégie rappelle celle de Lance Armstrong naguère – frapper un grand coup dès la première arrivée en altitude – se pose ainsi plus que jamais en favori. Cette similitude alimente aussi les rumeurs... Mais, le lendemain, à l'occasion de la grande étape pyrénéenne (Saint-Girons - Bagnères-de-Bigorre, 168,5 km), avec cinq cols au programme, on assiste à une course folle. Dès le col de Menté, tous les coéquipiers de Christopher Froome, y compris Richie Porte, sont lâchés. Le maillot jaune se trouve isolé alors que les coureurs doivent encore « avaler » 130 kilomètres et trois cols difficiles – une situation inédite dans le cyclisme moderne, et surtout du jamais-vu dans les années Armstrong. Christopher Froome parvient à garder son sang-froid, répondant uniquement aux attaques de concurrents qu'il estime dangereux pour le classement général. À l'arrivée, l'Irlandais Daniel Martin s'impose, concrétisant le travail de son équipe, Garmin-Sharp, qui est passée à l'offensive dès le kilomètre 0. Christopher Froome ne perd pas de temps sur ses principaux adversaires, mais Richie Porte termine à plus de 18 minutes !

Alors que Marcel Kittel remporte au sprint l'étape Saint-Gildas-du-Bois - Saint-Malo (197 km), les favoris ont un nouveau rendez-vous, le 10 juillet, à l'occasion de la première étape contre la montre (Avranches - Mont-Saint-Michel, 33 km). L'Allemand Tony Martin, champion du monde de la spécialité, remporte l'étape, mais c'est bien Christopher Froome qui frappe un grand coup : deuxième à 12 secondes, il distance le Néerlandais Bauke Mollema, alors troisième du classement général, de 1 min 53 s, Alejandro Valverde de 2 minutes et, surtout, Alberto Contador de 2 min 3 s ; tous les rivaux déclarés de Froome comptent déjà plus de 3 minutes de retard sur le Britannique au classement général.

Si le Slovaque Peter Sagan, régulier, tisse jour après jour son maillot vert en s'appuyant sur les sprints intermédiaires qui rapportent de précieux points, Marcel Kittel s'affirme comme le meilleur sprinter du peloton en l'emportant à Tours (douzième étape, Fougères-Tours, 218 km). La treizième étape (Tours - Saint-Amand-Montrond, 173 km) est dite « de transition » – en clair, chacun pense qu'il ne devrait pas se passer grand-chose. Or on assiste à un double coup de bordure « à l'ancienne ». Le vent favorable souffle de côté, et la formation Omega Pharma-Quick Step de Mark Cavendish accélère à 120 kilomètres de l'arrivée, pour piéger Marcel Kittel. Peu après, Alejandro Valverde est victime d'un incident mécanique : il naviguera longtemps, avec ses équipiers, à quelques centaines de mètres du premier peloton, mais il ne parviendra pas à « boucher le trou ». Au final, il abandonne dans l'affaire près de 10 minutes et toutes ses ambitions. À 32 kilomètres du but, c'est au tour de la formation Saxo-Tinkoff d'Alberto Contador de « faire l'éventail » ; Christopher Froome, inattentif un instant, perd plus de 1 minute. À l'arrivée, Mark Cavendish concrétise par une victoire l'audace et le travail de son équipe. Quant au Tour, serait-il relancé par ces « bordures » inattendues ?

La réponse vient deux jours plus tard, le 14 juillet : c'est « non ». La quinzième étape conduit le peloton de Givors au mont Ventoux (242,5 km). Nairo Quintana passe à l'offensive à 13 kilomètres du sommet du « Géant de Provence », sans creuser l'écart ; à 7 kilomètres du but, Christopher Froome, sans même se mettre « en danseuse », accélère franchement et décroche Alberto Contador ; le Britannique rejoint le Colombien, qu'il dépose à 1,5 km de l'arrivée, et remporte une nouvelle victoire. Quintana ne perd que 29 secondes, mais Contador abandonne encore 1 min 40 s.

Le second contre-la-montre individuel (dix-septième étape, Embrun-Chorges, 32 km) se déroule sur un parcours montagneux. Alberto Contador pense un moment tenir la victoire, mais Christopher Froome, efficace sur la fin, réussit à le devancer de 9 secondes. Quant au meilleur Français de cette édition, Jean-Christophe Péraud, victime d'une chute, il abandonne. Le lendemain, à l'occasion de la dix-huitième étape (Gap - L'Alpe-d'Huez, 172,5 km), les coureurs doivent emprunter deux fois les célèbres 21 virages qui mènent au sommet de la station. Courageux rescapé d'une échappée au long cours, le Français Christophe Riblon s'offre le plus beau succès de sa carrière. Derrière, Christopher Froome, victime d'une « fringale » à 5 kilomètres du but, réussit à ne pas perdre pied grâce à l'aide de Richie Porte, qui lui apporte une barre de céréales – ce ravitaillement non autorisé vaudra aux deux hommes une pénalité de 20 secondes. Le Britannique cède plus de 1 minute à Nairo Quintana et à Joaquim Rodríguez, mais il distance de nouveau Alberto Contador de 57 secondes. Comptant plus de 5 minutes d'avance sur ce dernier, il semble avoir course gagnée. La vingtième étape (Annecy - Annecy-Semnoz, 125 km) est l'occasion des dernières escarmouches. Dans la montée vers Semnoz, Alberto Contador perd rapidement pied. Nairo Quintana, Joaquim Rodríguez et Christopher Froome sont à l'avant. Plein de panache, Froome porte une nouvelle attaque, mais il est contré ; Nairo Quintana s'offre une belle victoire, devant Joaquim Rodríguez. Froome conserve bien sûr son maillot jaune, alors que Quintana ravit la deuxième place à Contador, qui ne sera même pas sur le podium, car Rodríguez le devance pour la troisième place.

Pour l'ultime étape, les coureurs s'élancent en fin d'après-midi depuis le château de Versailles. En début de soirée, Marcel Kittel s'impose au sprint sur les Champs-Élysées.

Christopher Froome remporte donc le centième Tour de France. Il a construit son succès avec panache, et il semble en mesure de s'imposer de nouveau sur la Grande Boucle dans les années qui viennent. Nairo Quintana, Vincenzo Nibali, voire Alberto Contador devraient être ses principaux rivaux.

Le cyclisme cette année-là

Fabian Cancellara (Suisse) remporte le Tour des Flandres (pour la deuxième fois) et Paris-Roubaix (pour la troisième fois).

Vincenzo Nibali (Italie) gagne le Giro.

Christopher Horner (États-Unis) remporte la Vuelta : âgé de près de quarante-deux ans, il est le plus vieux vainqueur d'un grand Tour.

À Florence, Rui Alberto Faria da Costa devient le premier Portugais couronné champion du monde sur route.

Le Britannique Brian Cookson est élu président de l'Union cycliste internationale, par 24 voix contre 18 au sortant, l'Irlandais Pat McQuaid.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2013 - 100e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 31 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2013-100e-tour-de-france/