2. Un style et un humour très anglais
Ce foisonnement et cette diversité contribuent à ce qu'il faut appeler le style Westwood. Outre son impertinence et son humour irrépressibles, l'emploi du tricot est, par exemple, récurrent chez elle : pas une seule collection sans maille, mais pas une seule création sans une recherche extrêmement poussée de point, de jauge, de matière ou de proportion. Son goût pour la subversion des formes traditionnelles est une autre particularité parfaitement établie depuis la collection « Witches » (Sorcières, automne-hiver 1983-1984) : Westwood, qui vient de mettre fin à sa collaboration avec McLaren, s'attaque alors à la tradition même de la coupe anglaise. Elle malmène les proportions des vestes et repense celles des non moins classiques imperméables. Retaillés par ses ciseaux savants, ces vêtements ont le chic de demeurer « portables » même si, sous leur emprise, la silhouette se trouve ultra-féminisée. Ils accompagnent ce qui sera (paradoxalement) l'un des best-sellers de la créatrice : une jupe-tube informe en maille, qui doit se porter roulée « taille-basse ».
La renommée de Westwood vient également de son aptitude à parodier le style de l'establishment : elle excelle dans la création d'opulentes robes du soir et pervertit allègrement ces tissus traditionnels que sont les écossais ou le Harris Tweed (voir la collection portant ce nom, automne-hiver 1987-1988), n'hésitant pas à faire fabriquer ses propres « classiques » chez les artisans même de la tradition ! Avec « Mini-Crini » (printemps-été 1985), elle invente un nouvel objet très sexy et régressif qui s'inspire d'illustrations de Walt Disney autant que de modèles historiques. Il s'agit d'une petite crinoline qui contribue à inverser les proportions des années 1980 : les épaules surdimensionnées disparaissent, l'accent est désormais mis sur la taille, les hanches, les fesses... Ces excentricités contemporaines sont nourries d'une recherche sur l'histoire de la mode : d'authentiques corsets et d'anciennes crinolines auront inspiré leurs interprétations actuelles. Ainsi, Vivienne Westwood démontre que le vêtement peut contredire ou infléchir les formes naturelles du corps, et qu'il est capable de modifier profondément l'élégance de la silhouette. Pour elle, une création de mode est, avant tout, un objet de plaisir, susceptible de modifier la façon de penser de ses contemporains.
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