Cette opposition ne dérive en rien de l'empirie, elle constitue une catégorie a priori de l'imagination. À travers l'imaginaire du plein et du vide, nous investissons la réalité selon les trois plans de la connaissance : ceux de la matière, de la vie et de l'esprit.
L'imaginaire lié à la matière s'enracine dans l'expérience des matériaux. Le « plein » y est perçu comme ce qui résiste, mais qui par là même donne prise ; le « vide », n'ayant aucune consistance, n'offre aucune tangibilité, et, pourtant, il entre, de près ou de loin, dans la forme fabriquée (par exemple, dans le vide du moule). « Les vases sont faits d'argile, mais c'est grâce à leur vide que l'on peut s'en servir » (Laozi). À travers les matériaux, c'est donc ce couple imaginaire « plein-vide » que travaille l'Homo faber. Avant toute fabrication, il se révèle ainsi d'abord un « homme imaginant ». Il projette sur les matériaux ses finalités, ses valeurs d'usage. Bien plus, il invente ses matériaux et imagine une matière idéalement plastique et continue, susceptible de recevoir l'étrange et paradoxale puissance des formes vides. André Leroi-Gourhan a montré comment la plupart des schèmes d'action qui « […]
