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SYLPHES ROUGES

Le phénomène des éclairs que nous observons depuis le sol est relativement bien connu. Il prend naissance dans les cumulonimbus, au sein de ces gros nuages d'orage, qui culminent jusqu'à la tropopause (environ 10 km d'altitude), entre deux nuages ou, plus visiblement, avec le sol. 

Les sylphes rouges sont aussi des éclairs, mais d'un autre type et d'une ampleur bien plus grande. Ils ne sont connus que depuis une vingtaine d'années en raison de leur brièveté d'apparition (quelques millisecondes) et de leur lieu de formation au-dessus des cumulonimbus jusqu'à l'ionosphère (vers 80-90 km d'altitude). Les témoignages des pilotes d'avion qui rapportaient ce phénomène étaient d'ailleurs souvent mis en doute, d'où le nom du phénomène faisant référence aux insaisissables esprits de l'air des contes et fables – jusqu'au jour de 1994 où plusieurs photos furent prises par la N.A.S.A.

Toutefois, ce n'est que récemment qu'une explication vient d'être donnée à la formation de ce type d'éclairs. Un cumulonimbus est une immense machine de brassage de particules (poussières et cristaux de glace) dont les entrechocs stratifient et polarisent le nuage : les charges positives (+) en hauteur, dans l'« enclume » ; les négatives (—) au centre et en bas. Le sol terrestre est, quant à lui, chargé négativement – il sert de « masse négative », d'où l'intérêt des paratonnerres. Les éclairs se produisent donc entre le haut du nuage (+) et le sol (—). Peu à peu, le nuage d'orage s'appauvrit en charges positives, favorisant la prédominance de celles négatives. Or l'ionosphère est chargée positivement. Le nuage se conduit comme un condensateur et, à un certain niveau d'accumulation, une décharge électrique se produit avec l'ionosphère malgré les quelque 80 kilomètres à parcourir : un sylphe apparaît. Les décharges génèrent des particules ionisées accélérées vers le bas le long des lignes de champ. Par collisions, elles ionisent les molécules d'azote de l'atmosphère et la réaction produit la couleur rouge caractéristique du phénomène. Celui-là est accompagné de rayons X et gamma.

Les sylphes n'ont cependant pas livré tous leurs secrets. Il existe un projet de les filmer à partir de la Station spatiale internationale (I.S.S.), dans le cadre d'une étude du Département analyse surveillance de l'environnement (D.A.S.E.) du Commissariat à l'énergie atomique (C.E.A.). Et puisqu'il faut observer d'en haut et non du sol, le Centre national d'études spatiales (C.N.E.S.) est en train de mettre au point un petit satellite, baptisé Taramis, pour recueillir spécifiquement des données sur ce phénomène étonnant dont on ne connaît pas toutes les conséquences (lancement prévu en 2012). Il faut savoir, en effet, qu'un orage dure environ une heure et qu'il génère un sylphe toutes les 2,5 minutes. On peut en déduire qu'à l'échelle de la planète il s'en produit un toutes les 20 secondes. 

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