2. « Ma littérature est à moi, en moi »
En 1905 paraissent les Cantos de vida y esperanza (Chants de vie et d'espérance), sans doute le meilleur livre de Darío ; sa thématique s'est enrichie et les sujets qui ne sont pas nouveaux chez lui trouvent en ce recueil leur forme la plus réussie. À côté des mythologies un peu faciles dont il aimait à se parer, on trouve des poèmes où il s'inquiète du sort de l'Amérique hispanique – le premier poème de la série Los Cisnes (Les Cygnes), la trop éclatante Salutación del optimista (Salutation de l'optimiste), le poème A Colón (À Colomb) – et d'autres où il s'interroge tout simplement sur l'homme qu'il est devenu. Les Cantos, dit-il, « renferment les essences et les sèves de mon automne » ; les recueils qu'il publie à partir de cette date approfondiront un désenchantement dont les Nocturnos offrent sans doute la meilleure expression poétique.
Il est pourtant faux de diviser l'œuvre de Darío en deux parties : l'une délibérément européenne, donc artificielle, l'autre hispano-américaine, donc plus authentique. Évasion et retour, surface et profondeur sont des attitudes complémentaires chez lui, et il est aussi grand poète en chantant l'une que l'autre.
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