Né à Glasgow, Ronald D. Laing, pionnier de l'« antipsychiatrie », obtient son doctorat en médecine à l'université de cette ville en 1951 et sert comme psychiatre dans l'armée britannique de 1951 à 1953. Très rapidement, il rompt avec l'approche psychiatrique classique pour se situer dans le courant de la psychologie existentielle inspirée de Martin Heidegger, Ludwig Binswanger et Jean-Paul Sartre. Il s'intéresse aussi aux thèses de l'Américain Harry Stack Sullivan sur les relations interindividuelles. À ses yeux, la psychose est non une maladie, mais un phénomène social ; et le thérapeute doit essayer de s'ouvrir à l'expérience du patient plutôt que de plaquer sur celui-ci une grille de référence, qu'il s'agisse de la psychiatrie ou de la psychanalyse. R. D. Laing entend par expérience la connaissance intime que chacun a de soi-même, la façon dont il ressent une situation ou une relation. « Les schizophrènes, déclare-t-il, ont plus de choses à apprendre aux psychiatres sur le monde intérieur que les psychiatres à leurs malades. » Les psychiatres, en effet, connaissent encore mal la folie et, jusqu'ici, personne n'a trouvé une méthode fiable pour traiter des malades mentaux. Cette opinion suscite de très vives controverses au sein du monde médical, en même temps qu'elle assure à son auteur la sympathie des milieux progressistes.
Poursuivant ses travaux au Royal Hospital de Glasgow et au département de psychologie de l'université (1953-1956), puis à Londres, à la Tavistock Clinic (1957-1961), centre de psychanalyse freudienne orthodoxe, Laing s'écarte, à partir de 1960, de cette méthode et de la psychiatrie reçue. Il considère que la schizophrénie n'est ni enracinée dans une aberration génétique ni produite par un événement biochimique. Elle survient au sein de la famille, comme la « stratégie qu'invente une fille ou un garçon afin de vivre une situation invivable ». Dans The Divided Self 1960 (Le Moi divisé, 1970), Laing montre comment une « insécurité ontologique fondamenta […]
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