Reconnu comme une des grandes voix poétiques de ce siècle par des écrivains de l'envergure de René Char, Julio Cortázar ou Octavio Paz, l'Argentin Roberto Juarroz, né à Coronel Dorrego (province de Buenos Aires), a professé, tout au long de sa vie, une modestie et une discrétion qui ont parfois nui à la diffusion et à la reconnaissance de son œuvre. Sur le plan personnel, il y a très peu à dire d'un homme qui s'est toujours retranché derrière ses poèmes. Dans une interview de 1980, il déclarait que, « ce qui est intéressant, c'est beaucoup moins les liens entre la poésie et la biographie que ceux qui unissent poésie et vie intérieure ».
En 1958, Juarroz publie son premier livre, intitulé Poésie verticale. Douze autres volumes suivront (le dernier est paru en 1994), portant tous le même titre, avec pour seule variante un adjectif ordinal. Cette « verticalité » constamment affirmée illustre la volonté du poète de « descendre » au fond des choses ou de se « hisser » au cœur de la transcendance. Cette démarche, comme celle de Paz, est destinée à « faire tomber les masques » de nos habitudes les plus routinières, de nos mensonges les plus mesquins ou d'un langage dévoy […]
