Dans une note biographique, l'écrivain chilien Roberto Bolaño précisait qu'il était né en 1953, l'année de la mort de Joseph Staline et de Dylan Thomas, comme pour souligner que son univers oscillait constamment entre l'horreur de la violence et de l'arbitraire dictatorial, et la tentation de la poésie. Ce rappel illustre également l'ouverture d'une œuvre qui, comme celle de nombreux écrivains latino−américains de cette génération, refuse de s'enfermer à l'intérieur des frontières du territoire national. La trajectoire existentielle de Roberto Bolaño reflète à son tour cette option, puisqu'il a vécu au Chili, qu'il a dû quitter précipitamment après le coup d'État de 1973, au Mexique, où il a passé une grande partie de son adolescence, et, pendant plus de vingt ans, en Espagne, où il est mort en juillet 2003.
L'entrée en littérature de Roberto Bolaño se fait par la poésie. Il fonde avec le poète mexicain Mario Santiago un mouvement éphémère, l'« infrarréalisme », qu'il définit lui-même comme « une sorte de Dada à la mexicaine » et qui se caractérisera surtout par la contestation de situations acquises – c'est le cas de la remise en cause du magistère d'Octavio Paz ou de Pablo Neruda. Bolaño accède d'une manière relativement tardive à la notoriété littéraire avec La Littérature nazie en Amérique (1996), un recueil de chroniques ou de courtes monographies apocryphes, évidemment inspirées par l'Histoire universelle de l'infamie de Jorge Luis Borges, et consacrées à des intellectuels ou à des notables qui se réclament idéologiquement de Hitler, Mussolini, Franco, ou d'autres autocrates du xxe siècle. Bolaño brosse des portraits qui oscillent entre le grotesque et l'horreur, tout en se livrant à une véritable orgie parodique qui englobe différents discours – parmi lesquels ceux des chroniqueurs sportifs, de la presse à sensation, du cinéma « gore » ou pornographique, de la science-fiction, etc. Ce livre, qui parle « de la misère et de la souveraineté de la pratique littéraire », avait été précédé en 1984 par […]
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