Trois religions, le judaïsme, le christianisme et l'islam, se sont structurées et, par-delà toutes les scissions (karaïsme, protestantisme, shī‘isme, etc.) que chacune a pu connaître, se sont confirmées dans leur unité au cours des longs siècles de leur histoire par le double effet, inspirateur et régulateur, d'un livre. Cet effet est particulièrement fort dans l'islam, puisque la langue elle-même, l'arabe coranique, y constitue une source et un facteur essentiels pour la vie religieuse et sociale.
La fonction herméneutique — avec des instances, des critères et des modalités d'exécution qui sont différents selon telle ou telle religion, mais sont partout affirmés — est donc fondamentale dans l'expression historique et dans la justification rationnelle (théologie) des pratiques respectives. Elle s'exerce sur la base d'une articulation, cohérente et dynamique, de la notion de révélation et de la notion de tradition. En bref, toute religion du Livre se déploie, historiquement, en corrélation avec la marche d'un groupe-lecteur, à la fois constitué et se constituant. Le concept d'inspiration scripturaire est posé comme fondamental, repère nécessaire d'un lieu et d'un fait fondateur, légitimés comme divins.
Cette définition stricte des religions du Livre peut s'élargir néanmoins à bien d'autres religions (iranisme, hindouisme) et, d'une certaine façon, jusqu'à celles qui n'ont comme référence structurante qu'un corpus de mythes oraux (religions africaines). Cette extension peut se faire, aujourd'hui, dans l'espace géographique et culturel de la planète, par le truchement de l'ethnologie ; elle doit se faire aussi, dans le temps, à travers le vaste champ des travaux historiques sur l'Antiquité. Déjà les Sumériens, puis les Akkadiens et les Cananéens avaient leur livre, ou leur ensemble de livres (par exemple, le grand poème babylonien Enouma Elish ou, en Égypte, les Textes des pyramides ou le Livre des morts). Entre le dieu-scribe Nabou, la divinité inspirée qui fixe sur les tablettes célestes la révélation du dieu babylonien Mardo […]
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