Né le 16 juillet 1943 dans un village de la province de Holguín (Cuba), Reinaldo Arenas passa son enfance à Peronales, au sein d'une famille rurale modeste. À quinze ans, il rejoignait les forces de la guérilla engagée par Fidel Castro pour renverser la dictature de Batista. Boursier de la révolution, il étudia à l'université de La Havane, puis travailla à la Bibliothèque nationale, préparant un premier roman, Célestin avant l'aube (devenu Le Puits), dont la publication en 1967 attira 1'attention de José Lezama Lima. Fortement autobiographique, ce roman évoque l'histoire d'un petit paysan se défendant contre la réalité sordide incarnée par des adultes primitifs, voués depuis toujours à la misère, sous un soleil dévastateur. En compagnie de son cousin Celestino, un gamin poète qui couvre de ses phrases toutes les surfaces vierges qu'il rencontre, le narrateur devient un magicien métamorphosant en conte fantastique le récit de ses déboires dans un monde rude qu'aucune révolution n'a encore transformé. Comme soumis à la lévitation du vaudou, les personnages agressifs apparaissent et disparaissent ou se transforment momentanément en arbres, en urubus ou en scorpions. La transfiguration naïve, l'invention baroque, le rêve à l'état pur règnent ici en maîtres. Deux caractéristiques fondamentales de Reinaldo Arenas se font jour : l'instinct contestataire et l'humour au vitriol. Reconnu, mais boudé par la critique officielle qu'effrayait cet art décapant, Arenas écrivit un deuxième roman qui fut d'abord publié en traduction française : Le Monde hallucinant (1969). Le protagoniste en est le dominicain Servando Teresa de Mier, patriote rebelle mexicain du siècle des Lumières, assez anticonformiste pour refuser d'être exploité par les chantres de la révolution et surtout pour reprendre à son compte le refrain optimiste qui prétend que « nous sommes au paradis et que tout est parfait ». S'identifiant à un personnage historique pour lui exemplaire et lui prêtant ses propres rêves, Arena […]
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