Severo Sarduy, né à Camagüey (Cuba) et établi en France à partir de 1961, a longtemps été une des grandes voix polyphoniques de la culture latino-américaine contemporaine. La poésie était sa vocation première — à dix-huit ans, il publiait dans la fameuse et controversée revue cubaine Ciclón, animée par José Rodríguez Feo et par celui qui fut un de ses maîtres à écrire, José Lezama Lima ; fasciné par le sonnet, mais aussi par cette forme populaire qu'est la décima, il publiera régulièrement ses poèmes : en 1993 paraît son dernier recueil, Un testigo perenne y delatado (Un témoin éternel et déclaré). Il était aussi dramaturge : il a beaucoup écrit pour la radio. Il était peintre, critique d'art et collectionneur de peinture — Rothko et Botero figuraient parmi ses artistes favoris. Il s'est également illustré dans le domaine de l'essai : Escrito sobre un cuerpo (Écrit sur un corps, 1967) reflète l'influence profonde qu'ont exercée les écrits de Roland Barthes sur sa propre démarche critique, mais aussi son intérêt pour l'œuvre de Sade et de Bataille ; Barroco (1975) lui permet d'exposer sa conception du “ néo-baroque” : “J'interprète et je pratique le baroque, déclarait-il en 1970, comme apothéose de l'artifice, comme ironie et dérision de la nature : l'écriture est une pratique d'„ artificialisation“.” Parallèlement à ses essais, il a publié d'innombrables articles dans pratiquement toutes les grandes revues latino-américaines. En France, sans jamais vraiment appartenir au groupe, il a fréquemment participé à la revue Tel quel. En tant que directeur de collection, enfin, il a joué un rôle capital dans la traduction et la diffusion de la littérature latino-américaine et espagnole en France : aux éditions du Seuil, il a édité Borges, Guimarães Rosa, Arenas, García Márquez, Lezama Lima, Sábato, Eduardo Mendoza, entre autres ; chez Gallimard, avec la collection La Nouvelle Croix du Sud, il a tenté de faire connaître de nouveaux talents : l'Argentin César Aira, le Vénézuélien José Balza, la […]
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