Les premières représentations humaines sont des représentations féminines. Ces « Vénus » de la période dite « gravettienne » (— 25000-— 20000) sont des statuettes d'ivoire (Lespugue, Haute-Garonne), de pierre (Willendorf, Autriche), voire d'argile cuite (Dolni Vestonice, près de Brno en République tchèque), aux formes surabondantes, aux seins et aux fesses proéminentes – tandis que le visage est à peine indiqué. Sur une région qui s'étend des Pyrénées à l'Ukraine, le long du front des glaciers qui recouvraient alors toute la moitié nord de l'Europe, l'unité de style de ces figurines est frappante. Elle indique que les communautés de chasseurs-cueilleurs gravettiens entretenaient entre elles sur de grandes distances des liens culturels étroits. Au xixe siècle, on a voulu voir dans ces Vénus le symptôme à la fois d'une sexualité débridée et d'un matriarcat primitif. Les codes esthétiques stricts qui régissent cet art indiquent au contraire que la sexualité est déjà encadrée dans un système de signes, et donc de normes.
[…]


