5. Données statistiques du phénomène en France
Les chiffres recueillis par différentes institutions donnent un certain ordre de grandeur, mais sont certainement loin de traduire la totalité du phénomène, compte tenu du silence qui l'entoure. Pour la France, une source des plus fiables est celle de l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée. Compte tenu de variations annuelles, les chiffres pour l'année 2000, expriment une stabilisation des abus sexuels sur enfants (5 500 en 1995, 5 500 en 2000). Il faut souligner que les cas d'inceste représentent 75 p. 100 de ces actes répertoriés d'agressions sexuelles (source S.N.A.T.E.M., 1999) et plus de 57 p. 100 des viols sur mineurs. Ils constituent 20 p. 100 des procès d'assises.
En 2000, une enquête nationale sur les violences envers les femmes indiquait que 9,7 p. 100 des femmes interrogées déclaraient avoir fait l'objet d'un abus sexuel de quelque nature avant l'âge de dix-huit ans. Quant aux hommes, il semble que 4,6 p. 100 d'entre eux aient connu des abus de ce type avant le même âge.
Les adultes auteurs d'agressions sexuelles sur enfant sont principalement des hommes. La proportion de femmes ayant été poursuivies en 1999 devant les tribunaux pour agression sexuelle sur mineur, dont le viol, est de 3,18 p. 100 soit 169 personnes (dont 86 pour viol).
Les mineurs représentent 29 p. 100 des auteurs de viols sur mineur (20,5 p. 100 quand c'est un adulte) ; quand il s'agit de harcèlement sexuel et autres agressions, 27,5 p. 100 des auteurs sont mineurs. La proportion des filles mineures agressant sexuellement des mineurs, dont le viol, est de l'ordre de 3,5 p. 100. La part des mineurs dans les faits de viol est passée de 21 p. 100 en 1995 à 28,9 p. 100 en 1999, en raison principalement du développement du phénomène des bandes.
Il n'est pas certain que, en proportion, les agressions sexuelles sur enfant soient plus nombreuses aujourd'hui que ce quelles ont été par le passé. Pour autant, avec l'accroissement de la sensibilité à cette question, le développement des associations, l'amplification de la formation des policiers, la sensibilisation des juges, les moyens de diagnostic social sont infiniment supérieurs et nous permettent des repérages plus pertinents et plus efficaces. À lire certains chiffres, à être alerté sur certaines pratiques comme le tourisme sexuel, on pourrait croire à une forme nouvelle de pandémie. Il y cependant fort à parier que l'homme est exposé depuis toujours à cette forme de violence dans sa sexualité : à charge pour lui d'en éteindre le feu sans y brûler sa pensée.
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