Le peintre Nikala Pirosmanachvili (Niko Pirosmani) naquit en 1862 à Mirzaani, en Géorgie sous domination russe. Son père était un paysan pauvre, sa mère fabriquait des tapis. Orphelin à huit ans, il fut recueilli par une famille cultivée de Tiflis, apprit le russe et reçut une instruction artistique. Il semble en effet qu'il fut confié par ses parents d'adoption au peintre Bachidjaguian auprès de qui il suivit des cours. De ce fait, la qualification d'autodidacte, souvent accordée à Pirosmani, est à nuancer, comme le mythe d'un artiste génial jailli ex nihilo des couches défavorisées de la société. Il est vrai qu'au moment où son œuvre fut découverte en 1912 par de jeunes artistes russes adeptes du néo-primitivisme de Larionov et Gontcharova – les peintres Mikhaïl Le Dentu et Kirill Zdanevitch, le critique et théoricien de l'art Ilia Zdanevitch (Iliazd) – qui virent en lui confirmation de leurs théories sur l'art populaire, Pirosmani vivait dans une grande misère, peignant contre un repas des décorations pour les tavernes de Tiflis. C'est d'ailleurs dans l'indigence qu'il mourut en 1918. Pirosmani doit être considéré comme un déclassé vivant d'autant plus mal sa condition qu'il avait pu nourrir quelques espoirs d'ascension sociale.
Pirosmani fonda vers 1885 un atelier de peinture, puis il devint employé des chemins de fer – ce qui, à cette époque en Géorgie, ne constituait pas une mauvaise situation. Vers 1900, il ouvrit un commerce de produits laitiers avant d'être poussé à la faillite par sa passion pour la peinture. Ces précisions ont leur importance : tout au long du xxe siècle, l'exemple de Pirosmani servit à soutenir le sentiment national d'une terre géorgienne dont il incarnait le génie alors que le pays risquait d'être dilué dans l'espace soviétique. Après l'effondrement de l'U.R.S.S., il servit de phare au renouveau national. Ainsi, le statut d'artiste populaire autodidacte permettait de ne pas heurter la doctrine soviétique tout en favorisant le mythe du génie né d'un terroir précis. […]
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