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NAGARJUNA (150?-? 250)

Du plus célèbre philosophe bouddhiste, de Nāgārjuna, on ne sait rien de certain, pas même l'époque exacte où il vécut, et l'on est obligé de s'en tenir à ce que dit de lui la tradition. Celle-ci assure qu'il naquit dans le sud-est de l'Inde (Andhra Pradesh), donc en pays dravidien. Brahmane de naissance, il dut recevoir l'éducation traditionnelle d'un hindou de haute caste, ce dont témoigne sa parfaite maîtrise du sanskrit. Il semble qu'il se soit d'abord intéressé aux sciences de son temps, écrivant un traité d'alchimie (le Rasaratnakāra), et l'on assure qu'il aurait aussi pratiqué la médecine (ce qui paraît peu vraisemblable) et composé un ouvrage érotique, le Ratiśāstra (Traité du plaisir). À un moment de sa vie, il se convertit au bouddhisme et met à profit sa connaissance de la logique pour propager les idées qu'il considère comme étant l'expression parfaitement adéquate de la pensée du fondateur, face aux positions excessives prises par les tenants du Mahāyāna et du Hīnayāna : sa doctrine recevra, de ce fait, le nom de « moyenne » (mādhyamaka). Par sa problématique et son environnement idéologique, elle se rattache cependant au Mahāyāna, et les sectes bouddhiques qui, par la suite, se recommanderont de Nāgārjuna appartiennent toutes au Grand Véhicule. On le voit bien d'ailleurs à la position que prend le philosophe face à ce qui constituait, de son temps, la question centrale du débat doctrinal : Les choses existent-elles ou non ? Y a-t-il ou non une réalité ontologique ? À ceux qui répondaient affirmativement comme aux tenants de l'opinion opposée Nāgārjuna expliquait qu'ils avaient également tort : il est faux, assurait-il, d'affirmer soit l'existence, soit la non-existence, soit les deux à la fois, soit ni l'une ni l'autre, car, ce faisant, on se réfère, explicitement ou implicitement, à un en-soi. Or le Buddha a prêché le vide, la vacuité (śunyatā) : il n'y a pas de substance, pas de substrat ontologique, pas d'essence. Dès lors, le problème s'évanouit puisqu'il n'y a plus de système de référence. Nāgārjuna néanmoins ne prêche pas le néant : il concède que les phénomènes sont réels, mais seulement en tant que phénomènes ; on a raison de dire qu'ils sont comme un voile, mais à condition de comprendre qu'il n'y a rien derrière ce voile. Au total, l'attitude la meilleure est celle du Buddha lui-même qui, dit-on, gardait le silence quand on l'interrogeait sur l'essence (ātman). Une masse considérable de textes sont attribués à Nāgārjuna ; parmi ceux qui sont le plus sûrement de sa main, on peut citer une « Épître à un ami » (suhṛllekha), un « Traité de la voie moyenne » (madhyamaka-śāstra) et surtout l'énorme « Traité de la grande vertu de Sagesse » (mahāprajñāpāramitā śāstra), qui est sans doute le plus célèbre ouvrage de philosophie bouddhique.

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