3. Un précurseur de la science-fiction
Au cours de la seconde période de Jókai, sa curiosité à l'égard des sciences naturelles imprime une nouvelle tendance à son imagination romantique.
Parmi ses anticipations, aussi ingénieuses que celles de Jules Verne ou de H. G. Wells, on trouve une bataille aérienne entre engins de guerre volants, dans A jövo″ század regénye (Le Roman du siècle futur, 1872). Nombre de ses œuvres d'alors ont déjà un air de science-fiction. Mais il n'oubliait pas l'intérêt qu'il portait aux problèmes psychologiques ; le héros de Az aranyember (littéralement « l'homme d'or ») souffre d'un dédoublement de la personnalité : une partie de sa vie se passe dans l'Île, refuge romanesque, lieu d'élection symbolique pour l'évasion dans les rêves, et l'autre est celle d'un homme d'affaires prospère.
Avec l'âge, la puissance créatrice de Jókai décline. Le canevas de ses romans s'apparente alors à celui des récits populaires : le « bon » combat le « méchant » et triomphe de lui après avoir surmonté d'innombrables obstacles. Cependant, Jókai réussit parfois encore à produire un roman digne de ceux qui l'ont précédé : Rab Ráby (1879) et Sárga rózsa (Rose jaune, 1893). En 1894, la Hongrie rendit hommage au doyen des lettres nationales et célébra son jubilé par une édition de luxe de ses œuvres en cent volumes. Jókai publia son deux cent deuxième roman à Budapest, l'année même de sa mort. De cette immense production, il disait lui-même : « Le secret de ma fécondité vient de ma communion avec la nature. »
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