
Dès 1964, Miloš Forman a connu son heure de gloire, et cela à une époque où le jeune cinéma tchèque, en plein essor, sortait des carcans et des règles académiques de la période précédente.
Le caractère intimiste de ses réalisations, son sens aigu de l'observation ainsi que son humour moqueur furent remarqués dès L'As de pique (1963) et Les Amours d'une blonde (1965), lui assurant une place originale au milieu de jeunes cinéastes aussi talentueux que Jasny, Kadar et surtout Vera Chytilova, Ivan Passer et Evald Schorm.
Mais c'est peut-être la direction d'acteurs qui fait l'intérêt principal de Forman : au lieu de comédiens professionnels, il utilise en effet plutôt des gens de son entourage, les dirigeant sur scène « comme dans la vie », et dans des décors qui leur sont familiers. Comme l'écrivait, en janvier 1966, André Téchiné dans Les Cahiers du cinéma : « L'humilité (de Forman) se traduit par les deux seules options du portraitiste discret : l'ironie et la santé. Se révèle par là même ce goût très prononcé pour tel ou tel détail dans la silhouette ou le comportement, mêlant malice et tendresse, confondant une exigence critique avec une confiance délibérée, alliant la proximité à l'adhésion. Il y a chez Forman comme chez Olmi, la persistance d'un héritage néo-réaliste, où la saveur d'un trait empêche la caricature par l'introduction d'une dimension morale. Ce n'est plus un constat mais une chronique libre, vécue et éprouvée. Le rire sarcastique fait d'emblée place au sourire. Et c'est de cette faculté de sourire que nous parle en fin de compte le cinéma de Forman. » Après un dernier film en Tchécoslovaquie (Au feu les pompiers, 1967) Forman a accepté un contrat à Hollywood. Il a de la sorte échappé à la répression qui suivra le « Printemps de Prague ». Dès son premier film américain, Taking off (1971), son habileté parvient à faire oublier l'artifice de cette observation d'un monde qui n'est pas le sien. Il se voit ensuite confier, après le paroxystique Vol au-dessus d'un nid de coucou (1975) le gros budget de la transposition cinématographique de Hair (1979) qui est déjà, à cette date, un exercice d'archéologie. Le résultat est admirable. Plus inégal, Ragtime (1981) n'en est pas moins une attachante chronique de l'Amérique au début du siècle. Miloš Forman poursuit une carrière de cinéaste international, donnant une version très personnelle du génie de Mozart (Amadeus, 1984), et adaptant à l'écran avec brio l'univers libertin des Liaisons dangereuses (Valmont, 1989). Les deux films qui suivent brossent un tableau de la société américaine, à travers le portrait de l'éditeur de la revue pornographique Hustler (Larry Flynt, 1996) et du comique Andy Kaufman (Man on the Moon, 2000).
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