« Je veux faire rire, donner du bonheur, offrir des émotions. » En appliquant scrupuleusement ce credo artistique, Michel Serrault atteignit les sommets d'une vocation décelée tôt et vouée aux multiples facettes du spectacle. Il naît à Brunoy le 24 janvier 1928, dans une famille modeste et unie, croyante et enjouée, indulgente face à la fascination que l'ambiance du cirque va exercer sur l'enfant. À seize ans, établi avec ses parents dans ce qu'on désignait autrefois comme la zone parisienne, il interrompt ses études au petit séminaire pour bifurquer vers le centre de formation du spectacle. Il souhaite s'initier à la gestuelle et maîtriser les jeux de physionomie. Un comédien, excellent professeur, lui permet de rejoindre les figurants de la Comédie-Française et de profiter à l'Atelier des conseils de Charles Dullin : se fier à l'instinct, fuir la facilité, jouer avec sincérité, écouter et regarder son partenaire.
Les tournées en Allemagne occupée vont lui offrir les occasions d'affronter Goldoni et Molière. En 1946-1947, de modestes contacts s'établissent avec le public parisien. La découverte des Branquignols, qui enchaînent des sketches désopilants dans le sillage de Robert Dhéry, l'enthousiasme. Le maître rencontre l'apprenti et l'engage en 1950 pour un nouveau spectacle baptisé Dugudu. Serrault, en trompette de Jericho, réussit son examen et, remarqué par le chansonnier Robert Rocca, s'installe au cabaret La Tomate.
Sa rencontre avec Jean Poiret survient après Dugudu. L'un et l'autre courent le cachet au théâtre Sarah-Bernhardt. Impatienté par une longue attente, Poiret lance une phrase déroutante à laquelle Serrault répond du tac au tac, en accentuant le dérapage. Le jeu se poursuit. La formule du succès venait d'être découverte. Jouant de leur physique contrasté : Poiret, de belle allure, Serrault fruste et imperturbable, tous deux vont égarer les auditeurs dans les dédales de l'absurde avec une bonne grâce malicieuse. Les rires du public les propulsent de La Tomate au Tabou, chez Gilles ou à l'Amiral, jusqu'à ce que s' […]
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