« Nul ne fut hanteur plus obstiné ; qui mit plus de ruse, plus de résolution au service d'une hantise vaine ; nul plus insistant à imiter le flux et le reflux de l'élément ; à devenir élément-homme, d'universelle hantise ; à revenir buter, blesser obstinément contre les arbres, contre le ciel, contre la mer ; à se dresser comme obstacle, érigeant la douane de silence à toutes les limites où reviennent fuir l'inlassable vague et l'inlassable oiseau et l'inlassable vent ; interposé entre le sable et l'écume, entre la falaise et l'orage, entre la lisière et le blé, lui ; le revenant, partout pour se substituer à l'élément que heurte un autre, et pour y devenir capable de bénédiction ; lui, l'être des confins... »
Ces lignes de Michel Deguy en lisière de Fragment du cadastre (1960), ce n'est pas hasard mais bien coïncidence si elles sont reprises, re-citées, treize ans plus tard, dans le Tombeau dont le poète, gardien de la mémoire, offre l'abri à l'auteur des Regrets (Tombeau de Du Bellay, 1973) : elles prédisaient en effet bien une odyssée dont le lecteur et l'écoutant n'auront pas de sitôt fini de mesurer l'erre, ni les îles par elle réin […]
