Écrivain, philosophe, dramaturge, compositeur, Max Brod, sur la scène culturelle du demi-siècle passé, compte au nombre des personnalités les plus diverses que l'on connaisse. Pourtant sa réputation tient moins à l'œuvre qu'il laisse qu'au renom dont il jouit comme éditeur et interprète de Kafka.
Né à Prague, où il vivra jusqu'en 1939, Brod étudie le droit avant de se consacrer à la littérature. Comme Werfel, Rilke et Kafka, il appartient à ce qu'on appelle l'« école de Prague ». Sous la pression des événements, il quitte son pays et trouve en Israël, comme dramaturge au théâtre Habimah, un nouveau champ d'activité. Ciel étoilé (Sternenhimmel, 1934), recueil de monographies dédié à Beethoven, à Janáček et à Schönberg, avait déjà prouvé son amour de la musique. Avec le Requiem hebraicum, le voici promu compositeur.
Jeune encore, il avait publié des poèmes dans des revues littéraires. En 1906, un récit néo-romantique, Mort au mort (Tod dem Toten), rencontre un écho : on loue Brod d'exprimer une esthétique révolutionnaire. En fait, le jeune homme s'inspire de la philosophie de Husserl, mettant l'accent sur le rôle de l'intuition et sur le droit aux jugements de valeur que détient tout artiste. Inutile de chercher l'essence des choses en elles-mêmes : c'est dans la reproduction qu'en donne l'art qu'on la trouvera.
Ce thème, Brod le reprend dans son premier ouvrage de longue haleine, Le Château de Nornepygge (Schloss Nornepygge, 1908), « roman d'un indifférent ». Grâce au monde utopique qu'il s'est bâti, un héros passif revit sur un plan symbolique les expériences que connaissent les personnages du séducteur, du bourgeois, de l'ermite et de l'empereur. On ne saurait récuser là une certaine analogie avec le Des Esseintes d'À rebours ; mais tandis que le héros de Huysmans finit par rallier le monde, celui de Brod se réfugie dans la mort.
Une revue annuelle qu'il édite dès 1913, Arcadie, permet à Brod de formuler ses conceptions : tout point de vue, politique, social ou économique, doit peser da […]
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