3. Les plaisirs et les jeux
Certes cette poésie est frivole, puisqu'elle aime le jeu, tous les jeux, jeux de l'eau et de l'air, du feu et de la glace, de l'ombre et du soleil, des miroirs et de leurs reflets, les jeux des éléments comme les jeux galants : de l'éventail de plume et de la main, du voile et du sein, de la mouche et de la joue, des yeux et des étoiles ; les métaphores qui y foisonnent sont souvent charades, énigmes, devinettes proposées à l'ingéniosité de l'homme, et à cet homme suprêmement ingénieux qu'est l'homme des salons. Et artificielle de propos délibéré, puisque la nature même semble y emprunter son éclat à toutes les substances précieuses, non telles qu'elles sont extraites des entrailles de la terre ou du sein de la mer, mais associées à une idée de raffinement citadin. Elles sont la matière des prés, le tissu du ciel, elles forment la substance dont est pétri le corps féminin : éclat de perle de la chair près de la gouttelette gemmée d'une boucle d'oreille, saphirs de l'œil, rubis des lèvres mêlé au scintillement des joyaux, au point qu'on ne sait plus où finit la femme, où commencent les choses qui la rehaussent et lui servent de cadre. Doublement artificielle, puisque cet univers ouvre sur un univers livresque, et que les choses vues trouvent leurs échos et leurs prolongements dans les choses lues. L'œuvre de Marino fourmille d'allusions et d'emprunts à des œuvres antérieures ; Ovide d'abord, et ses Métamorphoses, et tous les auteurs décadents latins, Lucain, Ausone, Properce..., remplacent le culte virgilien de Pétrarque. À ces goûts proclamés s'en ajoutent d'autres plus secrets : ouvrages peu connus de l'Antiquité ou de la Renaissance, voire de ses contemporains dont il détache des fragments qu'il glisse, intacts ou remaniés, au sein d'un poème pour le plaisir de « la belle tromperie ».
Mais ce monde de pierreries n'est pas le monde pétrifié des Précieux. Le soleil, chez Voiture ou chez Maleville, qui éclaire « les belles matineuses », a toujours l'air de se le […]
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