Romancière, poète, nouvelliste, essayiste, satiriste et critique, Margaret Atwood est reconnue comme l'une des figures dominantes de la littérature d'expression anglaise. Elle est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages traduits dans une quarantaine de langues. Depuis des décennies, elle éclipse ses homologues canadiens également traduits dans le monde mais moins médiatisés, tels que Alice Munro ou Michael Ondaatje. Elle les éclipse par son engagement en faveur de l'égalité des droits et de la liberté d'expression, elle qui a toujours souligné les rapports étroits entre la littérature et le milieu dont elle est issue. Dès les années 1960, avec une ironie acerbe, elle défendait l'émancipation des femmes, les minorités linguistiques ou religieuses, les intellectuels face à la censure, le Québec rétif à l'assimilation canadienne anglophone mais aussi le Canada fragilisé par la contiguïté de son puissant voisin, voire l'environnement et le développement durable.
Née à Ottawa en 1939, Margaret Atwood passe la majeure partie de son enfance dans les forêts du nord de l'Ontario et du Québec, suivant son père biologiste et entomologiste. Dès 1946, la famille s'installe une partie de l'année à Toronto, mais la fillette atypique et souvent ostracisée ne connaît pas d'année de scolarisation complète avant l'âge de onze ans. Ces contrées et ces expériences fourniront la base autobiographique de romans tels que Surfacing (1972) et Cat's Eye (1988), qui critiquent une société de consommation rigidement conformiste par le biais d'une vision et d'une voix narrative décalées. Ces œuvres cernent les différences qui distinguent la culture canadienne de celle des États-Unis tout en montrant quelles ressemblances rapprochent ces cultures nord-américaines.
Avant les années 1960, l'industrie du livre au Canada était dominée par la Grande-Bretagne et les États-Unis, et aucun écrivain canadien ne pouvait vivre de sa plume sans s'expatrier. Atwood va faire partie d'une renaissance littéraire favorisée par la fie […]
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