Lygia Clark appartient à cette catégorie d'artistes qui témoignent de la cohérence et de la continuité des avant-gardes, et en particulier de l'évolution, moins paradoxale qu'il n'y paraît, qu'on voit se dessiner entre le tableau et diverses pratiques plus immatérielles, qu'elles soient conceptuelles ou relationnelles. Née en 1920 à Belo Horizonte (Brésil), formée au début des années 1950 au contact de Fernand Léger et d'Arpad Szenes, Lygia Clark inscrit son itinéraire dans le contexte d'un Brésil en pleine modernisation et des échanges constants qui ont lieu avec Paris, sa seconde patrie. Ses premières peintures (1955-1959), qui relèvent pourtant d'une abstraction constructiviste, frappent déjà par leur singularité et leur étonnante vibration. Elles annoncent ainsi sa revendication de la subjectivité et d'une certaine forme d'organicité qu'elle partage avec son compatriote et ami Hélio Oiticica, autre figure marquante de l'art de cette époque.
En 1959, Lygia Clark signe avec quelques artistes brésiliens du groupe de Rio de Janeiro le Manifeste du néo-concrétisme. Elle prend ainsi ses distances avec une tradition de la peinture géométrique abstraite menacée par le rationalisme et le formalisme. Désireuse de ne pas réduire l'expérience artistique à sa seule dimension visuelle, elle renonce peu à peu au tableau et passe d'abord à la troisième dimension. Mais c'est avant tout le spectateur qui l'intéresse, non plus passif et consommateur, mais participant à la réalité de l'œuvre. Ainsi, au début des années 1960, elle réalise des sculptures modulables en métal munies de charnières, les Bichos (Bêtes), que le public est invité à manipuler. En 1963, elle conçoit Caminhando (Cheminant) qui consiste à couper un anneau de Moebius dans le sens de la longueur, ouvrant ainsi la voie à des sculptures molles et transformables qui répondent davantage aux inflexions du corps qu'à celles des machines utopiques et abstraites. Fondant le dehors et le dedans, le dessus et le dessous, la […]
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