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REBATET LUCIEN (1903-1972)

Après des études universitaires commencées à Lyon et poursuivies en Sorbonne, Lucien Rebatet, surveillant à Paris, accorde ses sympathies dès 1923, à l'Action française ; il tiendra dans le journal de Maurras, six ans plus tard, les rubriques musicale, littéraire et cinématographique. Sa véritable entrée en politique se fait par ses articles dans Je suis partout en 1932. En 1936, il entreprend son premier roman, dont le manuscrit sera perdu, et qui présente, en conclusion, la Seconde Guerre mondiale. Quand elle éclate, sous des aspects qui n'ont rien de romanesque, il est mobilisé, connaît la défaite et ses péripéties qui lui inspirent un ouvrage d'une rare violence, Les Décombres (1942), le plus grand succès de librairie du temps de l'occupation, aujourd'hui introuvable ; récit de ses aventures militaires, ce livre, qui a l'ampleur d'une épopée, est une chronique, en forme de torrent pas toujours contenu, où est fait le procès de la politique de l'entre-deux-guerres ; prenant souvent l'allure d'un « règlement de comptes » avec Maurras, il dresse un bilan qui tend, en en démontant le mécanisme, à expliquer comment la machine politique a provoqué le désastre militaire.

D'abord rédacteur à la radio de Vichy, Rebatet s'installe assez vite à Paris et rédige la chronique théâtrale du Cri du peuple de Doriot. Collaborateur aussi antivichyste qu'anticlérical, il est très lié aux milieux allemands cultivés. Suivant les exilés de Sigmaringen, il passe en Autriche où il est arrêté ; transféré à Fresnes et condamné à mort en 1946, il est grâcié en 1947 et incarcéré à Clairvaux, d'où il sortira en juillet 1952. Son temps de prison est occupé par la rédaction d'un nouveau roman, Les Deux Étendards, sans doute trop étiré, mais littérairement remarquable ; cette œuvre est le récit d'un conflit entre l'amour humain et l'amour divin, le matérialisme et le mysticisme. Rédacteur à Rivarol, aux Écrits de Paris, à Spectacle du monde, Rebatet entend poursuivre son œuvre romanesque avec La Lutte finale, mais il l'abandonne pour une Histoire de la musique, travail considérable dont on peut discuter les jugements de valeur, mais point l'érudition ni la compétence.

Pierre-Robert LECLERCQ

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