On ne sait trop s'il faut considérer Libra (1988) de l'écrivain américain Don DeLillo (né en 1936) comme une enquête romancée, un récit de politique-fiction ou un roman-reportage comparable à De sang-froid (1965-1966) de Truman Capote. Mais c'est un fait que l'auteur réussit à alimenter le suspense en racontant une histoire dont la fin est connue de tous : l'assassinat de John F. Kennedy, qui devait donner lieu par la suite à un autre reportage-fiction, American Tabloid de James Ellroy (1995).
1. Politique et fiction
Le récit suit deux lignes narratives : Don DeLillo fait alterner des chapitres qui révèlent la préparation d'un complot par d'anciens membres des services secrets américains, et d'autres qui reconstituent le puzzle biographique de l'assassin du président, Lee Harvey Oswald. La première intrigue est narrée en termes rapides et de façon linéaire. La seconde dessine un portrait plus discontinu de Lee Harvey Oswald.
L'action commence le 17 avril 1963, au cours d'une réunion de quelques responsables de la C.I.A. qui ont mal supporté l'échec du débarquement américain dans la baie des Cochons. Parce qu'il a refusé le soutien de l'armée de l'air, ils rendent le président Kennedy responsable de cet échec. Ces hommes profitent alors de leur position et du secret qui les couvre pour comploter. Ils veulent électriser l'Amérique en provoquant un choc. Ils mettent donc minutieusement en scène une fausse tentative d'assassinat du président Kennedy. On le manquera, bien sûr, mais on laissera des indices conduisant à Fidel Castro afin que l'opinion pense que celui-ci voulait se venger des tentatives de la C.I.A. pour le déstabiliser. Les comploteurs inventent alors un tueur fictif, imaginent son profil et ses antécédents. C'est ce portrait-robot qui va finir par revêtir l'apparence de Lee Harvey Oswald.
Il faut souligner que DeLillo s'attache moins à illustrer la thèse d'un complot qu'à démonter les mécanismes qui conditionnent le psychisme des Américains typiques. Le pays implante e […]
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