Le Maître et Marguerite est le dernier roman de Boulgakov (1891-1940), et son chef-d'œuvre. Écrit de 1928 à 1940, il ne vit le jour que plus d'un quart de siècle après la mort de son auteur. Sa parution en 1966-1967 dans la revue Moskva, à une époque où se trouvaient déçus les espoirs suscités par le dégel, constitua un événement. Ce roman fantastique tour à tour grave et cocasse, qui affirme le triomphe de l'art sur la tyrannie, est devenu en Russie un livre culte. Traduit en de nombreuses langues, il a été à plusieurs reprises adapté pour la scène, transposé en opéra et porté à l'écran (A. Petrovic, Le Maître et Marguerite, 1972).
1. « Roman sur le diable » et roman de l’artiste
Tout d'abord conçu comme une œuvre satirique, ce « roman sur le diable » s'est doublé, au cours d'une genèse mouvementée (Boulgakov, accablé par l'interdiction de ses autres œuvres et par les attaques de la critique officielle, détruisit une bonne partie de la première version), d'un roman de l'artiste, d'où sa structure tout à fait originale. La narration se déroule donc sur deux plans qui finissent par converger.
L'action principale se passe au printemps à Moscou, à une époque non précisée qui tient à la fois des années 1920 et 1930. Dans un jardin public, un influent directeur de revue et un jeune poète prolétarien discutent du poème antireligieux écrit par ce dernier : au lieu de montrer que Jésus n'a jamais existé, le poète a eu le tort de le dépeindre « parfaitement vivant », bien que fort peu sympathique. Un mystérieux étranger vient se mêler à la conversation. En guise de démenti à ce qui vient d’être dit, il entreprend un récit qui nous transporte vingt siècles plus tôt à Jérusalem. Là, nous assistons à l’interrogatoire et à la condamnation d'un certain Yeshoua, « philosophe errant », par Ponce Pilate. Au terme du récit, les deux littérateurs croient avoir rêvé. Soutenant l'idée que l'homme n'est pas maître de son destin, l'étranger, qui se présente comme le professeur Woland, spécialis […]
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